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conduit, comme iis le disent en argot, auprès du comte de garuclie ( le geôlier ).
Les agents reçoivent huit francs par arrestation ; mais sur ces huit francs, ils sontforcés de payer les coc/ueurs, et les moutons (les mouchards de prisons), qui leuront mangé le morceau (dénoncé le crime). Puis les employés de haut grade perçoi-vent a leur tour une rétribution, un impôt sur cette somme, si bien qu’a chaquearrestation, c’est tout au plus s’il reste trois ou quatre sous au pauvre diable. Cepen-dant , comme on le sait, la police se fait activement ; elle ne peut prévenir tous lescrimes, mais ils restent rarement impunis. Malgré cela le nombre des agents est troprestreint. On en emploie un grand nombre a la politique, et ceux-là restent ensevelisdans le secret avec les fonds destinés à leur usage; mais la police de sûreté est tropfaible. Lorsqu’on vient à penser que, de quatre à six heures du soir, il n’v a pas unseul agent de sûreté pour surveiller Paris , cela fait pitié. Il est sans doute nécessairequ’ils aient des rendez-vous, des heures de réunions, qu’ils boivent et mangent,mais il faudrait aussi que la moitié au moins continuât sa surveillance.
Chaque nuit la brigade de sûreté fournit à la préfecture son contingent poursurveiller les rues. Vous les voyez, après minuit, se glisser dans les ténèbres, mar-chant à pas de loup, sans bruit, comme des démons, enveloppés dans une redingotegrise, jamais plus de six, sous les ordres d’un chef, et se précipitant au moindrecri pour protéger les citoyens. A ceux-là je vote des remerciements, ils ontempêché que, par une vilaine nuit de cet hiver, des orphelins ( une bande devoleurs) ne me fissent' suer le colas (ne m’égorgeassent) en dépit d’un crucifix àressort (d’un pistolet) que j’avais tiré sur eux ; par bonheur, la rousse (la police)arriva, et mes gars se poussèrent de l’air. 11 y a quelques années ces rondes de nuit,la bande grise, étaient armées de couteaux poignards, ouïes a supprimés depuis, et leurprincipale besogne est de sauver la vie à plus de trente ivrognes par nuit en les retirantdu ruisseau, que les voilures, le froid et l’alcool changeraient bientôt en tombeau:
Viennent ensuite les agents chargés des maisons de tolérance, sous la directiondu bureau des mœurs. Ceux-là sont principalement occupés à conduire les filles in-soumises au dispensaire, et il y aurait encore d’utiles réformes à introduire danscette administration, si les abus n’étaient plus forts que la voix des écrivains qui,comme Parent Duchâtelet , ont apporté toutes leurs lumières et tout leur courage àl’amélioration des maisons de tolérance.
Il est inutile de dire que le despotisme est à peu près la seule loi qui gouverne cetteclasse, proclamée nécessaire par de grands publicistes. Cependant l’arbitraire doitavoir des limites. Si ces femmes numérotées que la police nomme filles soumises ,trouvaient de l’écho près des chefs, elles diraient au préfet entre leurs sourires dujour et leurs larmes du lendemain : — « Oui, nous sommes des parias, nos fenêtressont cadenassées et nous ne pouvons respirer l’air, ni sentir les rayons du soleil qu’atravers une persienne condamnée par vos règlements; mais que diriez-vous cepen-dant à l’employé supérieur qui, établissant sa femme marchande de bonnets, nousimposerait pour prix de concession, d’achalander la boutique conjugale, et prêteraitune main complaisante aux abus en fermant les yeux sur un trafic qui change les, boutiques eu magasins, et }es loyers d’un simple employé en maison de campagne?..