LA VIEILLE I-l LL K.
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on écrira le cœui' |tlein d'admiration : « Nouvelle Antigone. » Sur d’autres tableaux,reproduisant les tourments de son âme, retraçant ses traits prématurément flétris,disant le découragement de toute sa personne, se lira le poème entier des douleursde l’amour. Un teint bruni, une lèvre surmontée d’un duvet aussi noir que l’œil,des mouvements heurtés, l’humeur la plus orageuse, révéleront souvent la martyred’une organisation que l’hygiène du célibat conduira a la catalepsie ou à la démence.Ici sa devise sera le plaisir, la l’étude. On la trouvera tantôt pyrrhonienne, tantôtcrédule, matérialiste, spiritualiste, coquette, sentimentale; souvent a la fois l’uneet l’autre, et, par exception, sans l'eu au cœur, sans électricité dans la tête, êtreanormal, nature fossile, elle échappera a toute classification. Dévote, elle se dif-férenciera sur chacune des rives de la Seine, et sera beaucoup plus craintive auMarais qu’au faubourg Saint-Germain. Dans le quartier aristocratique, elle s’appuiesur ses titres héraldiques, titres quasi-divins; c’est une alliée naturelle de l’église,qui lui doit a perpétuité ses indulgences plénières et les honneurs célestes. La vieillefille, a sa dernière heure, peut répéter avec le même ton d’autorité, la recommanda-tion que faisait en mourant une des lilles de Louis XV , la princesse Louise, religieuseau Temple.
« Vite, vite, qu’on me mène en paradis au grand galop. »
Sous d’autres aspects, elle n’apparaît pas non plus la môme à la Chaussée-d’Anlin qu’aufaubourg Saint-Germain. Pauvre fille de la noblesse, elle est bien moins froissée dansson amour propre de femme, bien moins triste a voir que pauvre fille de la finance,de ce monde de patentés millionnaires, il l’âme de granit, au cœur de métal, qui n’ontde regards que pour la fortune, et donnent â son célibat tous les caractères d’un ostra-cisme aussi humiliant que cruel. Grande demoiselle, elle est moins sombre, oumoins abattue ; au-dessus du dédain par son beau nom, elle le défie, ou le rend avecusure. L’Allemagne est toujours prête à lui envoyer un brevet de pureté, a la décorerd’une croix de chanoinesse : hochet dont le monde peut rire, mais qui parmi lessiens lui donne avec l’indépendance d’allures d’une femme veuve le titre flatteur demadame. Loin de la faire repousser, sa pauvreté ajoute souvent au contraire a laconsidération dont l’entoure sa caste. Pour être proclamée admirable, elle n’a qu’àse poser en martyre de ses parchemins. Toujours alors, ce qui parfois est vrai, quel-que riche parvenu aura osé prétendre à sa main ! aura osé espérer greffer la plus ro-lurière postérité sur un arbre généalogique dont les racines s’enlacent et se perdentdans le berceau de la monarchie légitime. En redisant avec quelle indignation elle lerepoussa, non-seulement elle se console et caresse même son orgueil féminin, maiselle s’assure, au besoin, toutes les immunités de son noble faubourg, trop au-dessus duvulgaire, trop rempli encore de ses traditions de Versailles , pour avoir jamais, dansaucun cas, le mauvais goût de lui demander plus qu’une vertu de surface.
Laissons aux amateurs du jadis, qui, comme certains damnés de l’enfer du Dante,ont le visage éternellement tourné à contre-sens, le privilège exclusif d’admirer lavieille fille de l’espèce séculaire. Paris ne la produit plus qu’en vertu de l’universelleloi, qui demande toujours au temps présent, un peu de celui qui le précéda, au fils,un peu du père, pour empêcher qu’il y ait jamais nulle part solution de continuité.