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Tome second.
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LA VI LILLE LILLE.

OEuvrc d’une éducation complètement fausse, absurde, atrophiante, cette nature devieille fille, espèce de végétation blafarde, ressemble a ces mousses poussées loindes rayons du soleil, entre les fentes d’un sépulcre, au milieu d’un amas de rui-nes, et sentant le moisi d’une lieue; elle s’épanouit encore dans la plus grande partiedes départements , mais elle ne se voit plus guère dans notre capitale, qu’auxenvirons de la place Royale, parmi les rares familles de bonne bourgeoisie, ou depetite noblesse, restées religieusement attachées a leurs traditionnelles façons d’êtreet de penser d’avant mil sept cent quatre-vingt-dix.

Entraînée dans la chute d’un édifice social vermoulu, hors de mesure avec le pré-sent, l’Église croule de toutes parts sous les coups redoublés du tonnerre des révo-lutions prédestinées a accélérer sa chute : qui la soutient encore, qui en est a justetitre l’espoir et la consolation? C’est la vieille fille, façonnée plutôt pour la vie ducloître que pour celle du monde, a peu près unique et dernier jet des antiquescroyances de ses pcres.

Les mille manies dont cette vieille fille fut toujours riche, suppléèrent, dès sonplus bas âge, avec tant d’avantage aux ravages du temps, aux stigmates de la goutte,de la paralysie, qu’elle parut aussi respectable a vingt ans qu’elle le sera à soixante.

Esclave née de cerlaines lois gothiques, ressuscitées pour elle seule, elle nepourrait songer à les enfreindre sans compromettre à l’instant sa réputation. Sessentiments, ses pensées, ses paroles, ses actions, ses gestes, sa pose, son costumesont, depuis sa naissance jusqu’à sa mort, invariablement réglés et stéréotypés à l’a-vance. Elle doit inlerdire à sa scrupuleuse virginité, telle coupe de robe, telle étoffe,tel pompon. Comme un enfant à la lisière, elle n’entrera dans un salon que sus-pendue aux côtés de ses parents. Mise en modeste première communiante, elle sembleoser à peine lever les yeux, ne parle qu’en Agnès et n’agit qu’en automate. Plus déli-cate que la sensitive, elle se replie sur elle-même, au moindre mot, avant qu’on l’ap-proche. Mélange de superstitions de toute nature, elle a peur du vendredi et dudiable, craint les revenants, consulte les cartes, et regarde Voltaire et Rousseau,dont elle ne lut jamais une ligne, comme la désolation de l’abomination. En rap-port avec son esprit resté en friche, ses talents brillent des délicatesses qui lacaractérisent. Nul profane ne la verra se mettre au piano, et ne l’entendra jouersans redire avec plus d’effroi que jamais le mol de Lontenelle : « Sonate, que veux-tude moi ! ! » Ses intonations dans la romance, son triomphe ! où elle distille le mieuxtout l’opium de sa voix, suffiraient, si l’on ne connaissait les incohérences, les bizar-reries et les infinies contradictions de notre double nature, pour faire jurer qu’ellefut, est, et sera toujours la plus blanche des colombes, comme l’appelle son vénérabledirecteur.

L’histoire de son péché, quand péché il y eut, et que le secret en échappe on nesait comment, se raconte en deux mots : ce fut une surprise du démon, surprisedans laquelle l’âme, loin de faillir, demeura toujours complètement pure du sentimentqui, vingt ans après son malheur, derrière les murs du Paraclet et sous le cilice,régnait encore en maître sur le cœur d'Héloïse prosternée au pied des autels.

Sujet plaisant ou triste selon que l’observation est frivole ou sérieuse, cette es-