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Tome second.
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LA VIEILLE FILLE

sots préjugés, elles savent, dans l’occasion, se prêter aux plus folles allures d'unecauserie de salon, sans cesser jamais de faire respecter avec un tact exquis lesdiverses délicatesses de leur nature, aussi éloignée de la pruderie qui caractérise lafausse vertu, que de l’effronterie qui signale le vice éhonté.

Production essentiellement parisienne, cette espèce de vieille fille, qui enrichit parses plus hautes individualités nos musées de peinture et de sculpture, place son nom àcôté de ceux des meilleurs rédacteurs de nos revues scientifiques et littéraires, four-nit à l’enseignement les plus précieuses institutrices et aux enfants des riches de tousles pays les plus parfaites gouvernantes. En quelque lieu qu’elle soit appelée pour en-seigner notre langue, nottre littérature et nos arts, sur les rives de la Né va, aux bordsde l’Adriatique, a Berlin, a Philadelphie, toujours digne fdle de cette terre de France ,que marque un sceau providentiel, partout elle sait accomplir sa tâche dans la mis-sion nationale, élargir avec autant de zèle que d’intelligence les plus nobles voiesdu progrès.

Observée dans sa vie la plus intime, de vingt-cinq à trente-cinq ans, la vieille fillefournira sous sa forme sentimentale le sujet des plus touchantes élégies, et de nom-breux drames dans lesquels les hommes auront toujours joué les rôles honteux.Sous cette forme, aimante comme la Julie de Sainl-Preux, aussi dévouée, aussi faible,elle paya quelquefois une ombre de bonheur rapidement évanoui, avec les larmes etle désespoir de la fille déshonorée, de l’amante trahie, de la mère d’un enfant sansnom. Sous cette forme, elle est toujours la plus malheureuse des créatures, et le videdu cœur lui est aussi mortel que les perfidies de l’amour. Le dégoût, la consomptiondévorent sa vie et parfois dénaturent si rapidement son caractère, que de sa pre-mière à sa seconde époque, il devient entièrement méconnaissable. A la foi vive asuccédé le plus glacial scepticisme , le monde n’est plus à ses yeux que la monstrueuseréunion de tous les vices. Désolante a entendre, elle fait mal a voir. Sa mise négligée,son regard morne, ses traits altérés, son teint pâle, sa démarche dédaigneuse, letimbre sec de sa voix, indiquent le bouleversement de ses sentiments, l’agonie d’unelendre nature qui cependant résiste quelquefois aux coups du sort. Souvent alors,modèle de courage et de saint dévouement, âme incomprise, ou cœur blessé, ellevient, sous l’habit d’une sœur de l’ordre de Saint-Vincent-de-Paul, vouée au ser-vice des pauvres et des infirmes d’une société qui la méconnut ou la martyrisa,lui rendre autant de bien qu’elle en reçut de mal.

La sentimentale de vingt ans, qu’une affreuse trahison devait prématurément désil-lusionner, fut quelquefois la douce chrysalide de la coquette de vingt-cinq. Celle-ci,insensible et rusée tacticienne, créée pour appliquer la loi du talion, rendre tromperiepour tromperie, tendre piège contre piège, vulnérable seulement dans sa vanité, nesouffre bien cruellement qu’aux approches de sa seconde époque. Elle est forte, faitla difficile, tant que les manœuvres de sa stratégie lui valent une apparence de suc-cès , tant qu’elle croit fermement parvenir à prendre enfin un mari dans ses lacs, etarriver par lui à la haute position qui fut quelquefois le rêve de sa jeunesse et la causede son célibat. Mais quand le marteau du temps sonne le glas funèbre de ses dernièresespérances, ainsi qu’un chasseur acharné à la poursuite d’une proie qu’il voit sur le