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Tome second.
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LE DÉFENSEUR OFFICIEUX.

scs doigts ce qui lui sert de coiffure. C’est un débiteur malheureux cité pour l’au-dience du jour et qui voudrait obtenir un délai quelconque. Le défenseur l’écouted’un air capable, lui promet, avec l’assurance d’un oracle, de lui faire accorder cequ’il désire, et se fait préalablement consigner ses honoraires. Le malheureux, ras-suré sur son avenir, les donne sans hésiter, et offre a son avocat un verre de vin.Celui-ci rejette la proposition sous prétexte qu’il n’a pas déjeuné. On comprendfort bien où veut en venir notre homme. Son client se laisse prendre au piège ; ilajoute a l’offre du liquide celle d’une côtelette que le défenseur refuse d’abord avecdignité, mais se détermine enfin à accepter. On presse la table. 11 faut boire en man-geant : on sert une bouteille de vin, puis une autre. Un seul plat ne suffit pas ; le dé-fenseur en demande un second et du dessert, car il est comme les amoureux de quinzeans : il mange vite et longtemps. Le client, que son affamé défenseur ne cesse delouer sur la validité des raisons qui le mettent dans la nécessité de demander termeet délai, parle avec chaleur et oublie de prendre la moitié du repas ; distraction dontprofite admirablement son commensal.

Puis quand l’heure annonce que l’audience va commencer, chacun se lève, et, •semblable a Gil Blas, le pauvre plaideur paie largement un déjeuner qui certes ne luidonnera pas d’indigestion. Mais il ne murmure pas; car il n’est point de sacrificequ’il ne fasse pour obtenir le délai qu’il désire. 11 s’avance donc a la barre l’estomacléger, mais le cœur plein d’espoir, et, malgré les supplications du défenseur qui l'assisteet qui expose, avec une somme de chaleur égale a celle du vin qu'il a 1m, la positionmalheureuse de son client, il entend, avec douleur, rejeter sa demande que ne mo-tive rien de juste aux yeux du juge.

S’agit-il d’une affaire plus importante, le défenseur officieux, au milieu du silencede l’auditoire, fait sortir de sa bouche un torrent de phrases incohérentes parseméesde grands mots et festonnées d’arrêts de la cour de cassation. Il invoque Pothier.Sirey, Dclvincourt, qu'il n'a jamais lus, combine au hasard tel article de la loi avectel autre ; puis il gesticule, frappe sur la barre, et quand il a formulé ses conclusions,il toise avec assurance son confrère adversaire qui l’a écouté avec un air de supério-rité dédaigneuse et s’est posé devant lui comme un Spartiate aux Thermopyles.

L’audience terminée, l’agent d’affaires retourne a sa buvette qui lui sert de cabinetde consultation. 11 dit hautement beaucoup de bien de lui-même et beaucoup de malde ses confrères absents. Il passe en revue les principales questions qui ont été agi-tées a l’audience, les commente et les discute avec emphase. S’il a triomphé dansune affaire, il loue la justice de l’arrêt ; s’il a succombé, ses poumons n’ont pas assezde force pour proclamer l’ignorance et l'iniquité du juge. Il met facilement un de sesclients a contribution d’un dîner, pendant lequel sa conversation n’est qu’une longueprotestation d'amitié au milieu de laquelle il brode son histoire le plus habilement pos-sible. A l’entendre, il a été avoué ou huissier en province ; mais sa femme infidèle l’aabandonné, nantie de l’avoir commun; ou un clerc, abusant de sa conliance, a disparuen lui emportant des sommes immenses ; ou bien encore il était avocat, et la jalousiede ses confrères ou l’injustice du conseil de discipline de l'ordre l'a fait rayer du ta-bleau. Puis. versant des larmes sur ses prétendus malheurs passés, d’une main il