Band 
Tome second.
Seite
355
JPEG-Download
 

I.'l SI «Mil!.

555

a des intérêts, on vous propose' d’arrondir la somme, et vous signez bravement unbillet à ordre de 2,000 lianes. Jusqu’ici vous pouviez encore vous sauver- euavouant à votre famille des fautes qu’elle pardonne toujours, et c’est ce quel’usurier craignait, c’est pour cela qu’il a gardé des mesures avec vous; mais quandvous alli ez de nouveau recours a lui, ce ne sera plus pour une petite dette de 500francs, qu’un ami, un parent pourrait vous prêter; mais pour des sommes de 4, 5,(>,000 francs, et jamais vous n’oserez en faire l’aveu a voire père. Alors l'usuriervous lient dans ses griffes : à charpie nouveau prêt, ce sont des renouvellements, età chaque renouvellement faute <’ ce sont des intér êts énormes; et puis les

lettres de change ont succédé aux simples billets, et aux billets a ordre, la dettegrandit d’une manière effr ayante, et si vous vous permettez des observations, on vousdit d’un gi and sang-froid :

« Payez, si vous n’êtes pas content? »

Que répondre à un tel argument? L’usurier sait trop bien que, lorsqu’un jeunehomme en est arr ivé là, il ne peut pas rembour ser, et qu’à l’avenir il sera toujoursforcé de se soumettre à ses exigences. Aussi au bout de huit ou dix ans, le malheu-reux doit 40 ou 50,000 lianes à un homme qui ne lui en a réellement prêté que10 ou 12,000; et lorsque ses parents viennent a mourir, il est forcé de vendre leursbiens, ou l’usurier' les fait vendre par autorité de justice. — lit voilà de ces plaiesque rien ne peut guérir; nos lois sont impuissantes contre l’adresse de ces misé-rables.

L’usurier qui spécule sur le plaisir-, qui ruine des jeunes gens riches, est cer taine-ment bien coupable ; mais ces loups dévorants qui protitentde la misère pour s’enrichir,oh! ceux-là sont hideux; car ils sont plus cruels que les sauvages qui vivent au désert,eux qui sont sans pitié, et qui vivent dans un monde civilisé... Combien ne voit-onpas dans nos provinces, de ces gr os paysans, un bâton noueux à la main, la tailleserrée dans une ceinture de cuir-remplie d’or-, cour ir les foires, les marchés, pourfaire leur offre de services; et quels services, grand Dieu ! In pauvre cultivateur- re-garde-t-il d’un œil d’envie deux belles têtes de bétail :

« Voilà de la belle marchandise, mon brave homme, lui dit l’officieux.

— Oh! oui, monsieur, répond le conliant cultivateur, et ça me conviendrait assez,à moi qui ai perdu tous les miens par la maladie.

— Pourquoi ne les achetez-vous pas?

— C’est l’argent qui manque, dit le pauvre laboureur eu baissant les yeux.

— Mais vous ne pourrez pas labourer-, reprend l’autre. Tenez, moi, j’ai pitié devotre peine, et si vous voulez... »

El l’usurier profile de la nécessité où se trouve ce malheureux pour lui prêter20 ou 25 louis,à la condition qu’il lui en rendra25 ou 50après la moisson... Lors-qu’à l’échéance on ne paie pas, l’infâme arrive la lellre de change à la main, etmenace de faire tout saisir ; si le malheureux a un champ ou une vigne, le champ oula vigne devient la proie de l’usurier; et s’il n’a que ses instruments de labour ilssont vendus sans pitié, et le fermier est réduit à la misère.

L’usure esl encore chez nous un mal qu’il sera bien difficile de guéiir, en pro-