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Tome second.
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Avançons sans crainte, et tâchons de ne pas être éblouis par les rayons de l'auréoledivine. Incessupaluit Deus. Chicard marche comme un dieu.

Il s'avance la tête recouverte d'un casque de carton vert-bronze surmonté d’unplumet rouge, — l’antiquité, et la garde nationale. — Comment laisserions-nouspasser ce casque sans nous arrêter un moment devant lui : est-il dans tous les mu-sées d’artillerie, dans toutes les collections Dusommerard, chez tous les marchandsde bric-'a-brac, un monument plus saint, une relique plus auguste? Lors mêmequ’on nous montrerait ce casque qu’Énée tient si délicatement sur ses genoux lors-qu’il raconte ses infortunes a Didon , nous ne serions pas saisis d’une vénération plusgrande. Savez-vous ce que c’est que le casque en carton de Chicard? C’est un desplus grands succès de l’époque, une des plus grandes popularités de la littéra-ture, c’est l’aurore du romantisme, le casque enfin avec lequel M. Marty jouaitte Solitaire ! Cette plume qui flotte au milieu du bal s’est courbée sous les tempêtesdu Mont-Sauvage, elle s’est inclinée tremblante devant la vierge du monastère, ellea frissonné quand les échos de la chapelle répétèrent : Anathème ! Anathème ! Cecasque a eu trois cents représentations; et maintenant, tout bosselé qu’il a été dansvingt Pavies carnavalesques, il ombrage encore glorieusement le front d’un héros.Quand Chicard sera mort, son casque sera acheté par un Anglais , plus cher que lepetit chapeau du grand homme. Maintenant passons au reste du costume de Chicard.Pour justaucorps, il a le vaste gilet des financiers de Molière , celte partie de soncostume représente la haute comédie ; ses pantalons sont de larges brayes a laLouisXlll, hommage indirect rendu à la mémoire de Marion Delorme ; un tricot ré-vèle ses formes, et témoigne de la nudité indispensable a un dieu , ses pieds se ca-chent dans des bottes a revers, tristes débris du directoire et de l’empire. Pour hono-rer la mémoire de l'ancien Opéra-Comique, il porte un cravate'a la Colin et des gantsde chevalier comme Jean de Paris. Ce costume, c’est un résumé historique, uneépopée, une Iliade ; vous sentez que vous êtes en présence du dieu le plus fêté denotre époque. Ce casque, cette corde a puits en guise de ceinturon, ces épaulettes degarde national, cette écaille d’huître, décoration emblématique dont le ruban rougeest une patte d’écrevisse, tous ces oripeaux sont une dérision,un coup de pied donnéau pas-é; il y en a pour toutes les époques, pour tous les goûts, pour toutes lesgloires. La tête de Chicard est une satire de l’ancienne tragédie, peut-être une per-sonnalité contre mademoiselle Rachel, et contre les classiques; ses jambes insultentau moyen âge, ses pieds foulent les gloires républicaines et impériales ressemelées.Saluez donc cet amalgame philosophique, ces guenilles qui écrivent l’histoire, cettedéfroque qui renferme toute la morale de nos jours ; inclinez-vous devant notremaître a tous, devant le dieu de la parodie I

Voilà Jupiter. Cherchons b présent son épouse, la blonde Junon ; peut-être est-elle occupée à gémir derrière quelque nuage des innombrables infidélités de sonépoux! La voici : au lieu de pleurer, elle danse;quels pas! quels gestes, quelle tour-nure 1 Junon a l’air d’une revendeuse à la toilette; nous parlons de revendeusepour être polis, car vraiment c’est ’a toute autre chose qu’elle ressemble. Voyez cetterobe fanée qui n’a pas été faite pour elle, ces faux cheveuxqui pendent sur ses épaules,