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Tome second.
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LE G HIC A RD.

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nient ordinaire, c'est une'espèce de comédie aristoplianique que le peuple, cegrand comique, se joue à lui-même, et a laquelle tout le monde se mêle sans encomprendre la portée.

Mais nous voici arrivés au moment le plus intéressant de cette solennité carnava-lesque. L’orchestre a donné le signal, et quel orchestre ! dix pistolets solo, quatregrosses caisses, trois cymbales, douze cornets à piston, six violons et une cloche. Aupremier coup de ce carillon, de ce branle-bas, de ce tocsin, la foule s’est élancée;que fait-elle au milieu du tourbillon de poussière que soulèvent ses pas? quelledanse exécute-t-elle? Est-ce la sarabande, la pavane, la gavotte, la farandole, laporcheronne de nos pères? Est-ce le poëme épique auquel les bayadères ont donnéle nom de pas? Est-ce la cachucha, cette espèce d’ode à Priape, que l’on danse enEspagne , au lieu de la chanter?

Ce n’est point une danse, c’est encore une parodie; parodie de l’amour, de lagrâce, de l’ancienne politesse française, et, admirez jusqu’où peut aller chez nousl’ardeur de la dérision ! parodie de la volupté; tout est réuni dans cette comédie li-cencieuse qu’on nomme la chahut. Ici les figures sont remplacées par des scènes; onne danse pas, on agit ; le drame de l’amour est représenté dans toutes ses péripéties ;tout ce qui peut contribuera en faire deviner le dénoùment est mis en œuvre;pour aider à la vérité de sa pantomime, le danseur, ou plutôt l’acteur, appelle sesmuscles a son secours; il s’agite, il se disloque, il trépigne, tous ses mouvements ontun sens, toutes ses contorsions sont des emblèmes; ce que les bras ont indiqué,les yeux achèvent de le dire; les hanches et les reins ont aussi leurs figures derhétorique, leur éloquence. Effrayant assemblage de cris stridents, de rires convulsifs,de dissonances gutturales, d’inimaginables contorsions. Danse bruyante, effrénée,satanique, avec ses battements de mains, ses évolutions de bras, ses frémissementsde hanches, ses tressaillements de reins, ses trépignements de pieds, ses attaques dugeste et de la voix; elle saute, glisse, se plie, se courbe, se cabre ; dévergondée, fu-rieuse, la sueur au front, l’œil en feu, le délire au visage. Pelle est cette danse quenous venons d’indiquer, mais dont nulle plume ne peut retracer l’insolence las-cive, la brutalité poétique, le dévergondage spirituel; le vers de Pétrone ne seraitpas assez large pour la contenir; elle effraierait même la verve de Piron.

Autour des danseurs circule la foule de ceux qui n’ont pu prendre place aux qua-drilles, foule animée qui parle de tout et surtout d’amour; les protestations et lesrailleries s’entre-choquent, un calembour coupe court a une déclaration, un ser-ment se déguise sous un coq-a-l’àne. — Donnez-moi votre adresse..— Je suis retenuejusqu’à la douzième. —Je vous prendrai a la sortie du bal. — Va pour le petit verre.

Et toutes ces femmes dont nous parlions tout a l’heure, comme elles sont vives,folles, charmantes, pleines de laisser-aller; comme elles sont heureuses., les unes depouvoir être canailles à leur aise, les autres de cesser de l’être un moment. Qu’im-porte d’ailleurs le caractère de leur gaieté, pourvu qu’elles soient belles et gra-cieuses. La grâce et la beauté, voila tout l’esprit des femmes.

Mais voici que toute cette passion gesticulée, toute cette ardeur aphrodisiaque, ontbesoin de repos. Il faut qu’un plaisir soulage d’un autre plaisir. Le moment de se