LE BOURGEOIS CAMPAGNARD.
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Mence à l’éclairer, ceci l’épouvante, et il supprime les lapins. Mais voici l’automnelui vient, et les poules mangent toujours et ne pondent plus : un œuf lui coûte dixs °us; il supprime les poules, les canards, il supprime tout être vivant. Le voilà doncre duit à ses fruits, à ses légumes. 11 tourne de ce côté un regard désespéré, il se'"oit déjà réduit à une vie de trappiste ; car c’est à peine si la rente du petit capitalRu’il possède encore sufGt à payer le jardinier, à payer la viande, le vin, l’habille-uient. Mais il a beau regarder, il ne peut comprendre comment les plus grosses fraises,'es plus belles pêches disparaissent; il les compte, il les marque, rien n’y fait, il n’aque les rebuts, les fruits pourris, les légumes secs, les salades montées en graine. IlY a donc un voleur, c’est peut-être le jardinier? 11 va à lui, lier et menaçant : c’estalors que le propriétaire découvre des faits inouïs, il apprend des choses dont Cuvier,ce grand homme, ne s’est jamais douté. Les loirs adorent les pêches, les poires, lesPommes, et en fins connaisseurs qu’ils sont, ils mangent toujours les plus belles; lesvers de terre se nourrissent de salsifis ; les crapauds dévorent de la salade sans huilen > vinaigre; les araignées sont très-friandes de groseilles ; les guêpes ne vivent quedo raisins ; les vers blancs consomment énormément de pommes de terre ; les limacess ’alimentent de carottes, et les moineaux mangent indifféremment de tout.
Cependant le bourgeois ne se laisse pas endormir par ces contes à dormir debout," chasse son jardinier à l’entrée de l’hiver, car encore une fois il a fait.son budget,et ü découvre que cet homme lui coûte trois francs par jour pour lui donner un plat<le légumes et un plat de dessert; un franc cinquante centimes par plat, à lui quijadis achetait des haricots à douze sous le litre et qui ne mangeait pas de dessert.
Le voilà donc seul dans sa maison, prenant de temps à autre un ouvrier à lajournée pour faire faire ses travaux agricoles ; mais l’ouvrier ne vient jamais le jour°ù il faudrait tailler, fumer, biner, selon le Dictionnaire d’agriculture. Le froid ar-r 've, rien n’est fait : on s’enferme dans la maison ; mais cette maison est humide,glaciale, il faut y faire un feu d’enfer pour n’y pas mourir de froid. C’est le double( 'e la dépense de Paris . Les pluies viennent, la cave s’emplit d’eau, le vin de Bour-gogne tourne dans ces caves humides. Autant de perdu. On s’ennuie, on se couche àSe Pt heures pour passer le temps, on se lève à dix pour ne pas trop brûler de bois.Cn espère en l’année prochaine, car on ne veut pas encore avouer ses sottises. Que‘"raient les amis de Paris , et surtout ces infâmes paysans qui vous raillent sous leurroulière épaisse et qui pataugent intrépidement dans la boue, grâce à leurs énormessabots! Le bourgeois a bien des sabots aussi ; mais quand il les met, il tombe presquetoujours sur son nez ou sur son derrière. Que voulez-vous que je vous dise, tous les mal-"eurs accablent ce pauvre homme. Mais il y résiste courageusement, il se bat avecsa mauvaise fortune, il passe la journée enveloppé dans la couverture de son lit, il se"vi e à des petits travaux d’intérieur, met à ses portes des bourrelets, que sa femmefabrique avec de vieilles ouates de robe et des lambeaux de toile peinte ; il colle desmorceaux de papier aux joints de ses fenêtres, il regarde son jardin au travers desv "res. Mais il espère encore; il espère le printemps, ce printemps qui répare tout,rajeunit tout, ranime tout, le printemps qui fera reverdir ses semences et son espé-rance : il vient enfin ce printemps. Mais cette seconde année a bien d’autres désillu-