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Tome troisieme.
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l.K FLANELB.

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plus roturière : —Nous ne reconnaissons pour flâneurs que ce petit nombre pri-vilégié d'hommes de loisirs et d’esprit qui étudient le cœur humain sur la naturemême, et la société dans ce grand livre du monde toujours ouvert sous leurs yeux.L’observateur au repos n’est observateur qu’a demi ; le véritable observateur, c’est leflâneur, c’est-â-dire l’homme d’intelligence subtile, qui va sans cesse explorant toutechose, l’espèce humaine.principalement, partout, dans tous les âges et toutes lesconditions, — philosophe narquois qui étudie, comme discutaient les péripatéticiens.

Nous n’admettons pas même l’existence du flâneur autre part qu’a Paris . Qu’est-ce,en effet, qu’un flâneur en province, sinon un pitoyable rêveur dont les yeux fa-tigués et l’esprit émoussé par la contemplation des mêmes objets finissent par neplus s’arrêter sur aucun.

Pour le vulgaire, le flâneur n’offre rien, au premier coup d’œil, qui le distingue decelte espèce particulière de bipèdes humains généralement désignés sous le nom debadauds. Pourtant, la différence est immense et doit être signalée. Le flâneur est aubadaud ce qu’est le gourmet au glouton, ce que serait mademoiselle Mars a une actricede tréteaux, Chateaubriand aun rédacteur en échoppe, ou, plutôt, La Bruyère ou Balzaca un paysan de l’Auvergne ou du Limousin arrivé d’hier a Paris . Le badaud marchepour marcher, s’amuse de tout, se prend a tout indistinctement, rit sans motif etregarde sans voir. 11 va dans la vie, comme le scarabée dans les airs, battant del’aile contre chaque objet qu’il rencontre; heurté, brisé à tout instant, jouet duvent qui souffle ou du gamin qui passe. C’est pour lui que la suprême sagesse a dit :

« 11 a des yeux et il n’apercevra pas , des oreilles et il n’entendra pas. » L’expres-sion bayer aux corneilles semble avoir été inventée a son intention. 11 passera, eueffet, des heures entières a suivre de l’œil l’hirondelle qui vole ou la mouche quiva bourdonnant, et cela , sans la plus simple réflexion , sans la moindre arrière-pen-sée. — Le badaud ne pense pas; il ne perçoit les objets qu’extérieurement. 11 n’y apas de communication entre son cerveau et ses sens. Pour lui les choses n’existentque simplement et superficiellement, sans caractère particulier et sans nuances; lecœur humain est un monolythe dont les hiéroglyphes ne l’intéressent nullement. Ladéduction philosophique lui est inconnue. Les sociétés ne sont a ses yeux que desréunions d’hommes, et les monuments des amas de pierres. Une scène populaire serésume pour lui en une certaine somme d’injures et de coups de poings. 11 était surle filon d’une mine de précieuses découvertes, et le voila qui se détourne pour suivreun chien qui aboie ou un tambour qui bat. U est l’inventeur de la pêche a la ligne ,de l’ingénieux passe-temps des ricochets et des ronds concentriques.

Il y a, entre ces deux espèces d’êtres organisés, tous les degrés de la création, toutela distance qui sépare l’homme du polype.

L’enveloppe corporelle du flâneur est telle, a peu près, que celle des autres ani-maux dénommés, sans doute par antiphrase , pensants et raisonnables. 11 a, commeces derniers, une figure assez insignifiante et habituellement inoffensive, exceptéquand on dérange le cours de ses promenades sans but, ou qu’on s’interpose direc-tement entre son rayon visuel et le bateleur qu’il admire ou la commère qu’il écoute.auquel cas son œil lance des éclairs et son naturel bénin tourne a la férocité. H