LES MENDIANTS.
— Où va donc parmi nous cette ruine humaine';’Quel souffle soutient donc l’ambulant phénomène ?N’est-il pas temps encor pour lui d’être au cercueilEn verrait-il le fond? — il tarde tant au seuil !
Non ! son œil ne voit pas au travers de la terre.Pour lui-même sa vie est un sombre mystère,
Il n’a nulle frayeur des vivants, ni des morts,
Il n’a plus rien au cœur , pas même des remords.Il dit naïvement qu’il ignore son âge ;
Mais il a tant marché dans son pèlerinage ,
Il a vu tant de jours sereins ou pluvieux,
Il a tant désiré !_qu’il doit être bien vieux !
Rien n’est resté debout dans sa pauvre mémoire,Excepté le souci de manger et de boire.
Il ne sait plus son nom; son esprit irritéS’est défait dès long-temps de cette vanité.Quand la bouteille est vide a quoi bon l’étiquette.D’ailleurs , en poursuivant son éternelle quête ,Les hommes qu’il a vus l’ont tant appelé Chien,Qu’il répond a ce nom , comme il faisait au sien.
Voila tout. Mais un jour, — c’est la sa grande joieLe lac paisible et pur où son rêve louvoie, —
Un jour, il s’assiéra sous quelque buisson vertPeuplé d’oiseaux chanteurs et de jasmins couvert ;L’air sera parfumé , la brise molle et douce;
Il fera sous sa tête un oreiller de mousse ,