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LA BOlQlKTlkllE.
gain raisonnable. J'ai su par elle, qu’il faut être à la Halle a 1 heure où le souiincÙest le plus doux, qu’il faut savoir conserver les fleurs jusqu’au lendemain, si l avente du jour a été mauvaise, et que cet état si gracieux en apparence, renfermegrandes inquiétudes et de nombreuses déceptions, lilie m’a coulié qu’elle acheta* 1quelquefois pour 20 francs de fleurs et qu’elle n’en vendait que pour -10 ; il lui lafl al1alors, ou les jeter quand elles se fanaient, ou les vendre a bas prix aux bouquetièresde troisième classe. Si Élie avait eu une boutique et que sur sou enseigne elle eutfait mettre son nom, peut-être aujourd’hui n’aurait-elle plus besoin de vendre d eSfleurs pour vivre. — La bienfaisance est une mode plus souvent qu’une vertu.
La bouquetière de troisième classe serait peut-être de toutes les bouquetières l aplus piquante et la plus poétique, si elle avait su conserver cette grâce coquette, fl uldonne à la grisette tant de charme et de gentillesse. In vieillard m’a assuré que cesbouquetières étaient autrefois aussi propres, aussi charmantes, qu’elles le sont P eUaujourd’hui. « Alors, me disait-il, elles avaient la vogue; alors elles parcouraienten reines le boulevard des Italiens, et vendaient fort cher aux galants promeneuisleurs bouquets et leurs regards. » Les temps sont bien changés! Quel est le jeunehomme qui ose acheter aujourd’hui des fleurs placées sur l’éventaire d’une üH egrossière, dont la voix enrouée et criarde lui offre des bouquets sans grâce etsans fraîcheur. Aussi ne les voit-on plus s’arrêter dans les lieux fréquentés p alce qu’on appelle dans le peuple le beau monde. On ne les trouve qu’aux abord*des passages, des ponts, des quais et des théâtres du boulevard. Les hôtels ne s’oU'vrent point pour elles, mais elles ont un libre accès dans les boutiques. Le f a0 'bourg Saint-Jacques est leur Chaussée-d’Antin, et parmi leurs meilleures prati-ques, elles comptent les étudiants et les femmes qui aiment a prendre place à leu 1comptoir entre deux vases de fleurs. Les charcutières et les pâtissières sont la p* ü 'vidence des bouquetières de troisième classe ! Cette troisième classe est si nombreusequ’il serait difficile d’en fixer le chiffre ; il dépasse de beaucoup celui des bouque'tières de première et de seconde classe, et le matin, si l’on s’arrête auprès des mâ-chés, on est surpris de voir ces femmes surgir de tous côtés, ployant souvent sous I epoids de leurs fleurs, et retenant les cuisinières par ce cri cent fois répété : Ach c "lez ma giroflée, mes œillets, élrennez-moi ! Cette armée de bouquetières nom a, Ù‘ svous presse, vous poursuit et ne disparaît qu’à l’heure où les sergents de v *l*®sont attendus! Heure fatale pour tout ce qui s’appelle petits marchands des rues-Lorsque cette heure est venue, les bouquetières s’éclipsent, ou du moins feigueu 1de s’éclipser ; car, par une manœuvre aussi savante que celle d’une troupe de cou*'parses, beaucoup reviennent sur leurs pas; d’autres, plus craintives, parce qu’efi eSconnaissent les agréables salles de la préfecture de police, s’éloignent rapidement, er-rant de carrefour en carrefour, le nez au vent, le poing sur la hanche, l’œil à la P* sledes chalands. Dans leur nombre j’en ai remarqué une presque jolie, le soleil abruni ses traits, mais ne les a pas flétris; sa taille mince et souple se cambre aveCgrâce sous la large courroie qui, en relevant sa jupe d’indienne, laisse voir * l,,ejambe fine et mieux chaussée qu’on n’est en droit de s’y attendre. Cette fille estvenue fort jeune de son village, elle avait suivi à Paris ce qu’on appelle de bon*