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Tome troisieme.
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LE COMMISSIONNAIRE.

missionnaire est un ressort indispensable de la locomotive; beaucoup voient même 011lui le mouvement perpétuel. Le facteur est un sourd-muet qui ne parle que par lettres,le télégraphe, un hiéroglyphe politique; un journal s’imprime tout au plus pour sesabonnés : le commissionnaire, c’est au contraire la demande et la réponse, l'intrigu 0et le dénoûment d’une action; c’est l’élément actif et passif de la vie bourgeoise,c’est l’éloquence parlée et l’éloquence écrite, c’est le grand ressort de la civilisation •l’épicier, le marchand de vin, le boulanger, le commissionnaire placés aux anglesd’une rue, établissent les quatre points cardinaux de sa rose des vents. On rem-place un roi, un diplomate, un premier ministre, un agent de change, rien ne p 0 " 1remplacer un commissionnaire.

Quoi qu’il en soit, le commissionnaire ne saurait être une des ligures les moinssignificatives dont Paris sème son échiquier. Tout annonce en lui un homme primitif»arrivé dans la capitale sans arrière-pensée, disposé a se laisser caser au gré des 1> 0 "soins de la civilisation. Véritable ccntenier au service d’un petit écu, le bourgeois h"dit : Marche! et il va. Le commissionnaire est l’être le plus complètement, passif <l’ u ,1(?société; il échappe naturellement à ses influences qui en sont le fléau , qui tende" 1à faire prévaloir une profession au détriment de toutes les autres, et maintiennentl’homme sur un pied d’individualisme féroce. L’homme considéré comme le moinscivilisé de Paris en est aussi le plus social.

On ne voit point le commissionnaire, après avoir analysé les misérables préjug cSqui servent de hochets au peuple le plus spirituel de l’univers, affecter des titresnoblesse, ajouter quelque chose à son nom, ou dissimuler le moins du monde sonorigine. C’est toujours Pierre comme devant, ayant sa plaque pour blason et ses cro-chets pour enseigne. Mais une chose qu’il conserve avec soin, c’est son individuali teprimordiale. Le commissionnaire est une des natures les moins- effacées de celle*que Paris moule a sa triste effigie : Parisiens qui ne sont pas de Paris , contrefaçon 5de citadins qui auraient tout a gagner à être encore de leur province. J’aime q" ""Parisien soit Auvergnat, et qu’un Auvergnat soit commissionnaire.

Ouvrez le livre de votre vie privée, et voyez a quelle page un commissionnaire Jjoué un rôle important: dans quelles circonstances il a tenu entre ses mains votresecret, votre amour, votre vengeance, votre fortune, votre vie; quand il s’est éloig" ede votre domicile portant un cartel a un rival détesté, le fil principal d’une conspir»'lion, votre démission ou votre bilan. Le commissionnaire se lie a tout, il est lletoutes nos intrigues, de toutes nos passions, de tous nos vices, de toutes nos parti 05plus ou moins fines. La nature l’a doué de la prudence du serpent pour ne prendreque le rôle qui lui convient dans la comédie qui se joue sous ses yeux, et glisser s»" 5reproche a travers les écueils d’une société corrompue. On le trouve toujours ac-lifet jamais soucieux, il existe a la fois comme acteur et comme comparse du drain 0individuel, il réalise le problème d’un pouvoir réel et irresponsable.

Le commissionnaire a la jambe bien développée, la plante des pieds passableffl 0 "*convexe, le torse distingué et un coffre solide, ce qui signifie une poitrine large et p» r 'faitement disposée pour le jeu des deux plus vastes poumons de l’arrondissement. Un c ° rmonstre, déposé récemment au Musée Dupuytren, avait appartenu à un commis*' 011 '