LE (’■ A H DE DE COMMERCE.
264
H partit, en effet, escorté d'un côté par le garde du commerce, de l’autre par sonacolyte. Arrivé au détour de la rue, il aperçut un fiacre dont le cocher, à leur appro-e l | e, s’empressa d’ouvrir la portière : au meme instant deux hommes, sortant on nes ait d’où, parurent tout a coup, et, sans mot dire, vinrent prendre place dans la voi-lure. «Quels sont ces gens? s’écria alors le jeune homme.
— Ne voyez-vous pas, monsieur, répondit le garde du commerce,continuant sonagréable plaisanterie de tout a l’heure, que ce sont messieurs les croque-mortschargés de vous enterrer, et que vous êtes dans le corbillard de la dette ? »
En effet, pour se passer dans les règles, toute arrestation doit être faite par legarde du commerce d’abord, ensuite par trois recors qui, dans l’argot de justice,Prennent les noms de praticien, et enfin par un juge de paix. De juge de paix on s’enPasse le plus souvent ; on ne le fait guère intervenir que dans les grandes et diffi-ciles occasions. Lorsque ce cas arrive, comme il pourrait fort bien se faire que lejuge de paix de tel ou tel quartier, il une heure dite, n’eût pas ou le temps ou la vo-lonté de se déranger, pour se rendre aux désirs de messieurs les gardes du commerce,ds ont a leur solde et a leur réquisition, pour remplir cet office, une espèce déjugé dePaix a eux, ayant a peu près le caractère officiel de cet état, petit vieillard qui bornel’œuvre de son ministère à les accompagner dans toutes leurs courses, a les assisterdans toutes leurs arrestations..
Une fois entré dans le fiacre, on sont venus prendre place avec vous le garde du com-merce et ses trois praticiens, vous êtes déjà a moitié prisonnier, la première porte del’hôtel de Clichy s’est refermée sur vous. Encore un moment, les définitives forma-lités de votre incarcération seront terminées, et tout sera dit. Ainsi profitez de cedernier moment de liberté qui vous reste, dites un suprême adieu à la vie parisienne ,aux indolentes flâneries sur le boulevard de Gand, aux joyeux dîners chez le restau-rateur que vous affectionnez. Vous obtiendrez du garde du commerce de finir joyeu-sement votre journée, à la charge d’avoir lui et les siens pour compagnons insépara-bles de votre dîner et de vos courses, et d’abord d’être conduit en référé.
La formalité du référé consiste à être amené au Palais-de-Justice devant le pré-sident du tribunal civil; là, si vous avez des objections à élever contre votrearrestation, vous êtes admis à les exposer, et le président y fait droit ou les rejette;sinon votre visite au Palais-de-Justice se borne à demander un certain temps de répitavant d’être écroué à la maison pour dettes. Au moyen de cette autorisation, il vous•este quatre et même cinq heures de quasi-liberté que vous pouvez employer, tou-jours escorté de votre fidèle garde, à faire des démarches pour obtenir de votre créan-cier votre élargissement, ou à porter votre dernier toast d’homme libre.
Mais ces derniers instants passent vite ; cinq heures approchent, et cinq heuresest le terme fatal des plus longs délais ; passé ce moment, en maison qui se respecte,l’hôtel de la Dette ne reçoit plus de pensionnaires. Alors vous remontez dans votrefiacre, la voiture s’ébranle et bientôt s’arrête devant le n° 48 de la rue de Clichy, surlequel s’agite le drapeau administratif qui indique que vous êtes devant une maisonroyale. A votre aspect les portes s’ouvrent, et surtout se referment ; vous entendez unbruit de grilles, de verrous,’vous respirez une odeur de captivité, vous êtes entouré