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Tome troisieme.
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1/HOMME DU PEUPLE. 275

pie dans la commune acception du mot avec le peuple même. L’homme du peupleappartient incontestablement au peuple ; mais celui-ci est loin de ne se composer qued’hommes du peuple. Sauf quelques exceptions a demi noyées, les peintres, lesécri-v ains, les musiciens, les manufacturiers, les marchands ; montez encore plus haut à1 échelle sociale, les juges, les avocats, les députés, les ministres môme, sont prisParmi le peuple; mais il serait d’une singulière inexactitude d’avancer que1 homme du peuple est écrivain, peintre, musicien, manufacturier, avoué, député,ministre. La conscience de ce que sont les choses et les mots qui les frappent d’unevaleur monétaire se récrierait a cette définition étrange ; car autant vaudrait dire qu’iln y a pas d’hommes du peuple si chacun est du peuple. Quelle distinction resterait-ila faire? dans l’intérêt de quelle exception stipulerait-on, s’il n’y avait pas d'excep-tion ?

Pourra-t-on même dire qu’on rencontre l’homme du peuple dans les ateliers al’exclusion de tout autre lieu? Mais dans l’atelier règne déjà un chef, et ce chefne sera pas assurément pris pour le type de l’homme du peuple ; il y a un vice-for ou contre-maître qui n’est séparé du maître que de l’épaisseur de quelquesmille francs ; il y a encore le premier ouvrier sur le point de passer contre-maitredemain.

Autre confusion h prévoir dans le raisonnement: le chef d’atelier est souvent unhomme d’origine basse enrichi par le hasard d’une spéculation heureuse , et le der-nier de ses ouvriers appartient à une famille distinguée. Le caractère d’homme duPeuple s’abolirait-il du jour au lendemain dans le maître parce qu’il aurait gagnéquelques écusà la Bourse ; la qualification d’homme du peuple serait-elle due a l’au-tre, seulement enrôlé ouvrier depuis six-mois, l’an passé encore servi par deux do-mestiques? L’homme du peuple n’est donc pas essentiellement l’homme de l’atelier,Pas plus qu’il n’est que l’homme des champs ou que le marin.

De distinction en distinction rigoureuse , d’exclusion en exclusion logique , il noussera bientôt démontré ce qu’est l’homme du peuple , puisque nous aurons dit tout cequ’il n’est pas.

Nous tenons a le laisser encore quelques instants dans l’indécision où il nous est,apparu , afin de rendre plus saillante la débilité d’esprit de ceux qui en parlent aveceffroi et a voix basse autour du voile sous lequel il se cache.

L’homme enrichi, l’homme arrivé, le marchand en voie de fortune , le bourgeoisredoutent l’homme du peuple comme on redoute une menace vague longtemps an-noncée , on va voir que lés uns et les autres ressemblent à ces personnes qui, dansun sommeil inquiet, arrondissent un de leurs bras sur leur tête. Peu a peu le sangabandonne les rameaux supérieurs, descend vers la poitrine, et bientôt inertee t froide la main s’abat sur le visage. Le dormeur- s’éveille effrayé ; il saisit avec sonautre main cette main qu’il croit celle d’un assassin, et il crie au meurtre, il appelleau secours. Cette main est la sienne, l’assassin, c’est lui.

Pourquoi cacher que depuis des siècles , la classe bourgeoise s’est toujours tenuenn garde contre les atteintes de l’homme du peuple, surtout aux époques de crisePolitique? Dès que la rue s’emplit des bruits d’une commotion civile , le marchand