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L’HOMME DU PEUPLE.
gneurs firent la guerre en Terre-Sainte ; avec l’aide du peuple, le roi Charles Vil chassales Anglais; avec le bras du peuple, Louis XI châtia et vainquit les grands vassaux- Hétait bâton ou fléau, jamais épée.
Le droit de posséder un champ, un troupeau, une maison, le droit de propriétéenfin , amena également l’affranchissement progressif du peuple.
A peine sont-ce là les deux ou trois sommets gigantesques sur tant d’autres qui do-minent cette vaste question historique. L’excursion entière est impossible ici. Il i aulnous borner à laisser une remarque, à chercher une énergique abréviation qui résumetout, de même qu’en mathématiques un signe représente l’infini. Cette remarque estque le peuple, soit par l’imprudence de ses maîtres, soit par un instinct mystérieuxqui est en lui, tantôt par des concessions, tantôt par des révoltes, tantôt par des croi-sades, tantôt par des jacqueries, s’est rapproché, chaque demi-siècle au moins, d’unbut visible, qui est la liberté, et d’un but caché et providentiel, qui est peut-être lebonheur.
On aurait une fausse idée de la participation du peuple aux guerres soutenues patla royauté a l’extérieur et a l’intérieur du pays, si on s’exagérait ce concours. L’armee,capitaines et soldats, se composait exclusivement d’hommes de race. La cavalerie,c’était l’armée; et pour monter un cheval de guerre, il fallait être noble. Ce n’estqu’à la bataille de Pavie que l’infanterie joua un rôle effectif, et c’est de cette batailleseulement qu’il faut marquer l’introduction réelle des masses dans la carrière desarmes. Tous les grands faits militaires qui ont eu lieu à la gloire ou au désavantagede la France jusqu’au seizième siècle émanent de la noblesse; ce que le pays a ga-gné , ce qu’il a perdu, est son ouvrage. Nous proclamons hautement, la main surl’histoire, que sans la noblesse, principale intéressée, il est vrai, dans ce fait glorieux,la France serait anglaise , depuis Charles YI, de même que sans le peuple, deux siècleset demi plus tard, elle eût été russe ou allemande. Il n’y a que la reconnaissance dupeuple envers la noblesse qui puisse égaler la reconnaissance de la noblesse envers lepeuple. Quel pays celui qui est aussi beau à l’envers qu’à l’endroit !
Sous Louis XII, le peuple se fit une large place par l’agriculture ; sous Henri IV , Hl’agrandit encore; sous Louis XIII , il commença les grandes expéditions d’outre-mer ;sous Louis XIV , il commanda à toute la navigation et à tout le commerce du pays-Alors la noblesse française était encore opulente ; mais la fraction active du peupleétait mieux qu’opulente, elle était riche. Cette fraction précieuse s’appela la bour-geoisie, dans le langage de la société, et le tiers-état dans le langage de la loi. D’où ilressort victorieusement que la bourgeoisie est le miel et la cire du peuple : chaquedemi-siècle la ruche se vide, et le travail intérieur recommence. 11 se fait bien dubruit dans la ruche ; on y bourdonne et l’on s’y pique. Mais l’heure arrive : le .soleild’une révolution reparaît, et la récolte s’opère. La ruche est renversée, des rayons debourgeoisie en coulent.
‘ Quoiqu’il advienne désormais, il faut compter avec le tiers-état; Louis XIV lui aouvert accès partout ; dans les rangs de ses armées , sous les voûtes dorées de sonconseil. Il est général, ministre, confesseur, médecin, amiral, poète; Louis XV pourra s’en étonner, mais Louis XVI subira sans Iropse plaindre l’inévitable réaille.