I.'HOMME DE PEUPLE.
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En 1789, un prêtre (ce ne pouvait être qu’un prêtre; toutes les grandes hérésies,depuis Arius jusqu’à M. de Lamennais, ont emprunté l’organe d’nn prêtre) ; en -1789,'abbé Sieyes publia une brochure intitulée Qu’esl-ce que le ûers-Élal? Sa réponsefat: Le tiers-étal est tout. A sa seconde question : Qu a-t-il été jusqu’à présent dansI ordre politique ? il se répondit : Rien. Que demande-t-il ? troisième question.
' r oisième réponse : A être quelque chose.
Mauvais écrivain, mais excellent logicien, l’abbé Sieyes ne s’était pas demandé ceMu’avait été jusqu’à lui le tiers-état dans l’ordre social ; on lui aurait répondu : 11 aété beaucoup, puisqu’il est considéré comme le tiers de la société, vous l’énoncezv ous-même ; mais qu’est-il dans l’ordre politique ? était le terme de la question. En ces ens, l’abbé Sieyes avait raison , le tiers-état ri’était rien ou à peu près rien en poli-hque. Cependant il formait la majorité de l’armée, la totalité des industriels, la totalitédes contribuables, puisqu’en -1789 on ne comptait que deux cent mille privilégiés,•ant nobles qu’ecclésiastiques, sur vingt-six millions d’habitants.
La même année 1789, la révolution eut lieu : le tiers-état fut tout, ce qui est plus( pte quelque chose. Trois ans après, la noblesse et le clergé étaient exilés; le roiLouis XVI portait sa tête sur l’échafaud. Politiquement et socialement, l’homme duPeuple avait triomphé.
En 95, il parcourut en trois pas, comme les coursiers de la fable, toute l’étenduedu monde moral. Il renversa tout sur son passage, pour tout reconstruire en reve-nant. Le royaume devint une patrie, la loi fut l’égalité ; l’homme baptisé dans le sangs e nomma citoyen. Il fallut d’autres mœurs, l’homme du peuple en créa; il fallutd’antres institutions, l’homme du peuple en établit; il fallut faire la guerre au mondeentier, l’homme du peuple la fit; il fallut être rebelle, hardi, pamphlétaire, tribun,orateur, soldat, législateur, bourreau, magnanime, impitoyable, chevaleresque, sobre,cynique, impie, invincible, l’homme du peuple fut tout cela, et il est difficile de dires ’il pouvait être autre chose. Et tout alla bien. 11 écrivit avec une logique de démon,et il signa Sieyes ; il parla a merveille aux États-Généraux, et il s’appela Mirabeau ; ilHt des lois qui creusèrent dans la nation comme l’eau-forte dans le cuivre, et il pritPour nom Merlin, Carnot, Danton ; il assassina des deux mains, avec un sang-froidsuperbe, sous les traits de Marat, de Robespierre et deCouthon.
L’homme du peuple, qui égorgea les Suisses le 10 août, qui assassina dans les pri-sons du 2 au 6 septembre , fut vainqueur à Valmy vingt jours après; et vainqueurPartout, à l’intérieur comme aux frontières, aux frontières comme chez l’étranger. Ilfat pouvoir législatif et exécutif, la pensée et le bras, le manifeste et le canon. C’est• homme du peuple qui sauva le pays compromis, mis en péril par lui. Dès qu’il eutconquis la liberté a la nation, il voulut la porter chez les autres nations, pour montrercombien elle était belle; il trouva la gloire en chemin; autre colonne mystérieuse quicommença à marcher devant lui pour l’éclairer au milieu de sa nuit sombre. Napo-léon apparut au sommet de cette colonne. L’Italie, l’Égypte, l’Allemagne furent suc-cessivement la conquête du peuple, conduit par Napoléon , homme du peuple. Serlen 1600, sujet en 89, citoyen en 95, le peuple fut sacré empereur en 1804.
Irise révèle celte importante vérité déjà émise par nous : que chaque révolution