LE CHEF D'ORCHESTRE.
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l-e chef d’orchesire se livre tout entier et sans défense a l’observation critique, du mo-luent où il a pris possession de son siège. La, le sentiment chaquejour plus despotiquepour lui du respect humain l’abandonne complètement ; la nature reprend ses droits,et il cède à ses impressions d’arliste avec une spontanéité qui se trahit trop souventPar la multiplicité et l’exagération des gestes. Mais il faut l’excuser, en songeant qu’ils e trouve alors soumis a une sorte de galvanisme d’une puissance singulière. A lui,fin effet, comme a un censorium commune, vient se relier ce système.si compliqué demodulations diverses dont se compose l’harmonie ; a lui, comme au foyer d’uneellipse immense, vient se réfléchir le bruit de ces formidables voix qui, multipliéespar les échos de la salle, jouent d’un bout de l’orchestre à l’autre le grand drame dela symphonie. Et il faut que son oreille, conservant, au milieu de ce choc tumultueuxJes sons les plus variés, une faculté de perception vraiment merveilleuse, saisisse aumême instant les moindres déviations d’expression, de justesse et de mesure dont sesera rendu coupable le plus obscur symphoniste. Et vous voudriez que dans cetteabsorbante préoccupation qui communique à tout son être une sorte de trépidation fé-brile, il gardât celte sérénité que vous lui connaissez, a l’état de repos? Mais d’ailleurs,fluand le premier et défavorable effet que vous aura produit le spectacle de cette grandeagitation se sera refroidi, vous neserez pas longtemps sans remarquer l’aspect poétiquedu chef d’orchestre, surtout dans les moments décisifs de la symphonie. Il subit alorsune véritable transformation : son front se rembrunit, ses cheveux se dressent, ses sour-cils se hérissent, ses yeux flamboient; Deus adesl .- il va, il va, comme le coursier dufiancé de Lcnore; tenant d’une main les rênes de son orchestre, et de l’autre cesceptre symbolique donlEole frappait sou rocher, il déchaîne ou retient à son gré leflot harmonique. Voyez : tout en lui s’anime et prend une double vie; il se dresse,se rassied et se relève; son pied, sa main, sa tête sont autant de courants électriquesdont sa magique baguette semble être le conducteur. Aussi, il enflamme les violons,arrache aux violoncelles leurs notes les plus plaintives, aux altos ces accents mysté-rieux et presque mystiques qui troublent l’âme et la préparent aux grands effets, aux'instruments de cuivre leurs plus formidables explosions, et c’est tout haletant et toutcouvert de sueur qu’il arrive a ce crescendo final où l’inspiration du compositeur sem-ble tomber épuisée ou plutôt éblouie, comme si, a force d’évocations, le dieu de l’har-monie lui-même lui fût apparu. Et savez-vous la cause de ce violent transport quiassocie si intimement le chef d’orchestre à l’exécution qu’il dirige? c’est qu’il sepasse en lui, et sans le concours de sa volonté, un phénomène étrange; un secondorchestre, orchestre idéal, orchestre divin, tel que l’a rêvé l’auteur enfin, se fait en-tendre simultanément dans son âme, et le rend sensible aux plus délicates, aux plusfugitives nuances delà symphonie. De la une immense aspiration vers une perfectionflui le fuit toujours, et qu’il poursuit sans cesse ; de la des efforts désespérés pourrendre sensible à tout le monde celle audition intuitive qui l’enivre. »
« Toutes choses humaines, reprit M. K... après s’être un instant reposé de ce trans-port dithyrambique, ont un revers. L’existence du chef d’orchestre a le sien. Cetteexistence se divise en deux phases distinctes : la répétition, la représentation. Jeviens de vous montrer les joies divines de celle-ci, un peu des embarras, des