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Tome troisieme.
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LE CHEF D’ORCII EST HE.

21t.)

Connue il a fait de lionnes études d'harmonie, il prélude, par des essais pleins d’a-venir, aux succès lyriques qu’appelle sa légitime ambition. Voyez comme il sème àpleines mains, sur ces froids et insignifiants couplets de vaudeville, les mélodiesgracieuses, les ornements pleins de fraîcheur et de goût 1 Aussi déjà les éditeurs envogue lui demandent des albums qui font les délices des salons. Quelquefois en-core, agrandissant le cadre de ses compositions, il aborde les formes larges et sévèresde la symphonie, et l’orchestre de la Société des concerts ne dédaigne pas de lui prê-ter l’appui de sa merveilleuse exécution. Extérieurement, notre jeune chef a unetenue sévère et pleine de convenance ; son linge est toujours d’une blancheurde bon augure. Je lui reprocherais peut-être les soins excessifs qu’il apporteà une chevelure trop coquettement, trop fémininement bouclée. » — Ici, la voixdu professeur m’ayant paru légèrement altérée, je le priai de vouloir bien s’inter-rompre de nouveau pour reprendre haleine. Il y consentit d’autant plus volon-tiers qu’il lui lardait d’ouvrir la lettre que sa femme venait de lui remettre. « Eh !mon Dieu , s’écria-t-il, après l’avoir parcourue, c’est ce brave Duval qui m’annoncesa prochaine arrivée à Paris . Mais, j’y songe, voilà encore une des plus curieusesvariétés du type que nous étudions. Duval est président de la Société philharmoniquede l’une de nos grandes cités du Midi ; c’est un garçon de talent, de beaucoup detalent même, mais qui s’agite avec une impatience fiévreuse dans ce qu’il appelle saprison, une ville de quatre-vingt mille âmes, monsieur, qui lui a donné femme elenfants. Duval aspire au séjour de Paris , où il voudrait faire recevoir à l’une de nosscènes lyriques certaine partition qu’il garde en portefeuille depuis une dizained’années. En attendant, il impose à la société musicale qu’il dirige les plus rudesexercices, et vraiment il est parvenu à en faire un des corps de musique les plus dis-tingués que je connaisse. L’un de ses soucis les plus actifs est non-seulement de tenirson orchestre au courant des nouveautés que la mode édite à Paris , mais encore dedevancer les décisions du dilettantisme parisien, en allant chercher en Allemagne lesplus récentes productions de Ries, Sphor, Mayseder et Iîartholdi. Nos plus ordinaires,et peut-être nos plus vives discussions, portent sur la priorité d’exécution qu’il ré-clame toujours, en sa faveur, pour les œuvres éminentes des maîtres allemands; et,à son dernier voyage, nous nous quittâmes froidement, parce que je lui avais dé-montré que la Société philharmonique de Marseille avait joué avant lui la SymphonieHéroïque . Excellent et digne homme du reste, il a toutes les qualités solides, et fortpeu des ridicules de l’artiste de province.—Enfin, monsieur, j’arrive au point culmi-nant de cette longue discussion : ranimez votre attention chancelante, il s’agit deschefs d’orchestre d’opéra, dont la haute influence s’exerce si visiblement sur le géniemusical de toute une époque... »

" — Illustre monsieur K..., me permis-je de m’écrier, en arrêtant ici mon augusteprofesseur, excusez la témérité que je vais prendre de signaler une lacune dansle plan de cette monographie. Ne me direz-vous rien, illustre monsieur K..., surles chefs d’orchestre des concerts publics quotidiens? » — A ces mots, je vis les sour-cils de M. K... se redresser vivement, et je l’entendis me dire, d’une grosse voixque je ne lui connaissais pas encore : « Monsieur, vous tendez un piège à ma mo-