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Tome troisieme.
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LE I A I

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entendu ; il obéit et ne comprend pas. Il porte avec le même stoïcisme le billet douxqui indique l’heure du bonheur de son maître, comme le cartel menaçant qui 11e laitpeut-être que précéder de quelques instants, l’instant de sa mort, line sourcille ni enversant le vin qui doit faire rouler son maître sous la table, ni au danger qu’il courtlui-même, lorsque assis sur le même coussin d’un fragile tilbury, il se voit emporterpar un fougueux cheval, et distingue de loin la place où il va se casser le cou. Laparole est un objet de luxe pour lui, il 11’a pas l’occasion de s’en servir: il y a teldomestique dont les maîtres 11’ont jamais entendu le son de voix, qui ignorentcomme complètement s’ils sont doués de cet organe inutile a leur profession.

C’est assez parler du domestique, revenons au maître.

Le vrai fat est peu amoureux ; il est cependant susceptible de le devenir, mais c’estrare; car, hélas ! du moment où il le devient, il est perdu, sa sublimité cesse, son im-pertinence tombe, son rôle est fini ; il peut bien encore être aimable, spirituel, brave,distingué ; il peut devenir homme politique, magistrat intègre, garde national a che-val, entrer dans le régiment des spahis d’Afrique ... mais rester fat!... impossible.

Moi, qui vous parle, j’en ai connu un, de ces vrais fats ; c’était un abonné del’Opéra. 11 croyait de bonne foi que toutes les femmes étaient folles de lui, et il ledisait avec une adorable candeur. Un soir, assis avec un de ses amis dans une loged’avant-scène, tout d’un coup il s’écrie :

« Que de baisers de femmes, que de baisers de femmes, je viens de recevoir, Nestor !

— Ah ! ça, tu es fou, Charles, lui répond son ami.

— Ecoute, lui dit Charles sérieusement, veux-tu que je te donne un coup depied a chaque baiser que je recevrai ?

— Ça va, dit Nestor. »

Mais à peine ce dernier a-t-il lâché ce mot, que — pan, « Tu vois bien cette femmeen loge de face qui touche une mèche de ses cheveux, c’est un baiser. — Pan ! detteautre qui rit, c’est un baiser. — Pan ! Cette blonde qui bâille, c’est un baiser. —Pan ! cette brune qui sent son bouquet, c’est un baiser... Pan ! pan.. !

Au bout de cinq minutes, Nestor demandait grâce.

« Tu y crois, maintenant? lui dit Charles....

— Il y a toujours une chose de laquelle je suis certain, répliqua Nestor, se frot-tant les molets. C’est que si tu rends ainsi a l’amitié les caresses de l’amour, tuferas bien de choisir tes amis dans les invalides : il faut avoir des jambes de bois pourrésister il tes confidences. »

Une chose très-remarquable, c’est que le vrai fat, tel que je vous le dépeins, est unecréation toute de nos jours, et qui n’appartient en aucune façon aux siècles précédents.La Bruyère n’en fait nullement mention, il faut une grande quantité de ces caractèresà lui, pourétablir seulement la base de l’édifice du mien, elle fini, ce vernis qui faillecharme de ce dernier, y manquenlencore complètement.—Examinez. Dans La Bruyère,vous trouverez l 'homme à la mode, l’esprk-fort, l’imperlinent, l'ostentation, l’or-gueil, la magnificence, le courage, le glorieux, le voluptueux, l’ambitieux, maisde fat, point.

Le fat d’esprit peut, a sa volonté, se dispenser de beauté, de jeunesse.... même