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Tome troisieme.
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LF FAT.

d’élégance.... Tout ce qui distingue l’autre au dehors se trouve renfermé chez luiau dedans. Il n’entre pas dans un salon la tête haute, le regard lier et en faisant unpetit bruit de canne pour attirer l’attention générale. D’abord.il n’a pas de canne;il se glisse comme un serpent, le dos voûté, la tête basse, le chapeau tenu a deuxmains, entre les fauteuils, les chaises, les personnes, jusqu’à la maîtresse de la mai-son, qu’il salue jusqu’à terre, puis se relève peu à peu, jette son regard de lynxautour de lui ; d’un jet il a embrassé toute la société, et s’est assuré que ses frais d’es-prit ne seront pas perdus... Alors il se pose, ne dit d’abord que quelques mots, commesimple préparation, ou plutôt pour inviterait silence; ce premier pas obtenu, voyezavec quel art il s’impose; comme sa voix, basse et timide en apparence, commandebien l’attention et domine l’assemblée. Je dirai même que la modestie de son organeest une fatuité de plus ; car le bruit le plus léger ferait perdre une de ces paroles.

Il ne dit pas : Ecoutez-moi ; non. 11 n’est pas né cruel, et cependant il tuerait volon-tiers celui, fût-ce même celle qui l’interromprait, soit en parlant, soit en remuantun meuble, soit même en éternuant; son despotisme est sans bornes. Du reste cesdeux variétés de l’espèce du vrai fat ne se trouvent qu’en très-haute et très-bonnesociété où ils prennent naissance. La seconde y vit et y meurt; quant à la première,il lui faut plus d’espace pour respirer, plusieurs parterres poury étaler ses brillantescouleurs : elle s’égare souvent dans les environs des Tuileries, des Champs-Elysées ,du bois de lîoulogne; elle fleuri! quelquefois à Tortoui, au café de Paris , et dans quel-ques avant-scènes des théâtres royaux, trop heureuse quand elle ne va pas se faner,se flétrir et se perdre à la fumée des lampions des coulisses de l’Opéra.

Passons maintenant à la seconde espèce de cette grande famille, au fat manœuvre.Celui-ci est au vrai fat ce que la parodie est à l’art ; l’un suit l’autre pas à pas : le ridi-cule est si près du sublime. Autant la première espèce se défend du titre qui faitl’ornement de ce chapitre, autant la seconde met d’ardeur à le conquérir, à le méri-ter, à le prouver ; c’est une étude constante, une pensée de tous les instants. Fil®le prend le matin à son réveil, elle le suit le jour dans son travail, elle le poursuitla nuit dans son sommeil ; il quitte son charmant habit de Blain qui lui coupe les ar-ticulations, ses bottes luisantes qui lui font venir des corps aux pieds, sa délicieusecravate qui l’étrangle, ses agréables pantalons dont les sous-pieds le font tenir raide,debout comme assis, ses gants glacés, qui le feraient tomber sur son nez plutôt quesur ses mains, de peur de les salir (les gants ), et il ne quitte pas sa préoccupation.

Le fat manœuvre peut être laid et gros, il est même presque toujours laid et gros;il peut être vieux aussi, et bossu, si la nature l’a doué de ce surcroît de personnel ;quant a de l’esprit et de la distinction, règle commune, il n’en a jamais.

Celte espèce est remarquable par sa variété; elle fleurit partout, en provincecomme à Paris , sur les boulevards, dans les promenades, au spectacle, derrière lescomptoirs de magasins et de toutes les maisons de commerce quelconques, dans leséludes d’avoués et de notaires, sur l’escalier des cafés ; partout où il y a des femmes,enfin, excepté toutefois des femmes comme il faut.

Gustave était né en province bon et simple, mais son esprit, encroûté qu'il étaitpar une couche épaisse d'orgueil maternel jeté sur lui à pleines mains, n'avait pu se