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Tome troisieme.
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LE PHARMACIEN.

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non du métier; quand la cravate blanche serait bannie de la terre, elle devrait seretrouver au cou d’un pharmacien.

O maître apothicaire de l’ancien régime, membre du sixième corps des mar-chands, qui comprenait aussi les épiciers, vendeur de galbanum, de lignunivitæ, de trochisque de cyphéos, d’emplâtre diacalcitéos, de feuilles d’alkékengeet de mille remèdes non moins inertes et non moins ridicules, s’il t’était oc-troyé une autorisation provisoire de revenir sur la terre, quels seraient ton dés-appointement et ton embarras! Tu ne reconnaîtrais plus ton humble boutiquemétamorphosée en somptueuse officine ; tu chercherais en vain tes vieux médicamentsofficinaux et magistraux, juleps, émulsions, apozèmes, embrocations, épithèmes etmagdaléons ; tu considérerais comme autant de sacrilèges les perfectionnementsqu’ont subis tes bassines, tes alambics, tes pots-à-canon et tes piluliers! Dérouté parles dénominations gallo-grecques de la chimie moderne, tu te demanderais avecanxiété ce que c’est que le sulfate de cuivre, le carbonate de potasse, le protoïodurede mercure ; et en entendant mentionner l’entérite, la péritonite, la péricardite, labronchite, la gastrite, persuadé que des maladies ignorées de nos ancêtres augmen-tent la somme des misères humaines, tu t’empresserais de retourner en l’autre mondeavec le regret de l’avoir quitté !

Néanmoins, sous le rapport pharmaceutique comme sous le rapport politique,le bon vieux temps n’est pas a regretter. L’ancienne pharmacie, complice de l’an-cienne médecine , semble avoir été une conspiration contre la salubrité publi-que, un système organisé pour l’empoisonnement du genre humain . S’imagi-nerait-on qu’on a préconisé comme sudorifique le bézoard oriental, composé deserres de homard, de musc, d’ambre gris et de coquilles d’huîtres? Entrerait-ildans la tête d’un individu quelconque qu’on a prescrit des cloportes contre lajaunisse, du fiel de taureau contre les maux d’estomac, de l’or potable contrel’apoplexie séreuse, des vers de terre en poudre et de l’huile de petits chienscontre la sciatique, des mâchoires de brochet contre la pierre, des perles, de,l’ivoire calciné, de la corne de cerf préparée philosophiquement à l'eau contreles aigreurs, et des cataplasmes de nids d’hirondelles contre les maux de gorge?Y a-t-il un malade, fût-il a un millimètre du trépas, qui consentît aujourd’hui àprendre de l’eau de frai de grenouilles pour se rafraîchir, du sirop de vipèrespour se purifier le sang, des scarabées de fumier infusés dans l’huile de laurierpour dissiper les foulures, des aiguilles d’acier dissoutes dans l’acide nitreux pourcalmer les douleurs articulaires? Comment a-t-on pu croire â l’efficacité de re-mèdes tels que l’essence carminative de Wedelius, l’élixir de vie de Mathiole, lebaume tranquille, l’emplâtre de grenouilles, le mithridate, l’orviétan, la thériaque,l’eau générale, dans lesquels il entrait treize, vingt-trois, vingt-quatre, trente-deux,quarante-six, cinquante-trois, soixante-cinq, et jusqu’à soixante-dix-neuf substancesd’un effet nul ou contradictoire?

Grâce au ciel, la pharmacologie a été complètement bouleversée. C’est à peine siquelques rétardalaires osent inscrire le titre d’apothicaire au-dessus de la portebâtarde de leur laboratoire; et soyez sûrs que ceux-là portent une perruque, ou