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Tome troisieme.
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LE PHAKMAC1EN.

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venu a rendre renseignement pharmaceutique uniforme, a le mettre a la portéede tous, et a imposer a tous les memes ohligalions en leur accordant les mêmesprivilèges.

Mon estimable ami Népomucène sait gré aux législateurs de n’avoir pas abrogé laloi de l’an XI. C’est à cette loi la qu’il doit la vie; c’est grâce a ses dispositions (cellesde la loi) qu’il a pu tenir officine. Si l’on eût exigé des études plus sérieuses, desconnaissances plus étendues, des épreuves plus difficiles, Bonnisson, rebuté par lesobstacles, eût été agriculteur, notaire, négociant, membre de l’institut, mais il neserait pas entré en apprentissage chez le pharmacien qui s’engagea, moyennant800 francs par an, a le garder trois ans et à le prendre au pair au bout de ce tempsd’épreuve.

Quel métier que celui d’élève en pharmacie ! porter le tablier de serge de l’ou-vrier, piler des drogues, récurer des bassines, nettoyer des bouteilles, polir desbalances, se livrer a un exercice gymnastique continuel pour ranger et dérangerune multitude de bocaux placés le long des murs ! Heureusement Bonnisson seplia a ce genre de vie. A la fin d’une journée de fatigues, il veillait penché sur laChimie de Dumas. 11 ne sortait que tous les quinze jours, évitait le café, ne fumaitjamais, et avait renoncé à l’amour après avoir tenté vainement de séduire uneservante, sa compagne de captivité, qu’un âge respectable et des cheveux rouxauraient dû mettre a l’abri d’une pareille audace. Jamais il ne respirait l’air dela campagne, à moins que son patron ne l’envoyât récolter des plantes médi-cinales. Il ne connaissait les fleurs que par les rapports qu’elles avaient avecson état; il aimait les roses, non pas dans un parterre, mais en bocal, sousla forme d’une décoction astringente; il admirait dans l’iris non pas ses pé-tales veloutées, mais ses racines divisées en boules pour l’entretien des plaiesartificielles.

En peu de temps Bonnisson acquit un certain degré de science théorique, et sur-tout une grande dextérité manuelle a tourmenter un pilon, a coiffer une topetted’un morceau de papier artistement découpé, a imprimer sur la cire brûlante lecachet de la pharmacie, a coller une étiquette, a fabriquer de la pâte de lichen et dusirop de guimauve.

Ici, il est bon en passant de détruire un préjugé vulgaire. On croit généralementque le sirop de gomme n’est pas composé uniquement de sucre, que le sirop dechicorée a pour base de l’extrait de chicorée, et la pâte de guimauve une décoc-tion de guimauve ; que la pâte de jujube s’extrait des fruits du jujubier, et la pâtede lichen du lichen d’Islande... Quelle erreur! Delà gomme, du sucre, des blancsd’œufs, un peu de fleur d’orange, tels sont les ingrédients de ces innocentes prépa-rations, nommées en vertu de la règle lucus a non lucendo. Le rédacteur du nou-veau Codex a même supprimé dans leurs formules, la guimauve, le lichen et le ju-jube. Non-seulement ces substances sont inutiles, mais encore si un pharmacien tropconsciencieux s’avisait de les employer, il s’exposerait a perdre sa clientèle, car leureffet principal serait de communiquer un goût désagréable aux médicaments qu’ellesrevêtent de leur nom.