LE PHARMACIEN. 30!»
A vingt-cinq ans révolus, âge requis par les règlements, Bonnisson était apte à seprésenter devant les quatre pharmaciens et les deux médecins du jury médical, séantau chef-lieu du département, sous la présidence d’un délégué de la Faculté de Paris.Bonnisson était tenu de soumettre a ses juges neuf préparations pharmaceutiquesmanipulées de ses propres mains; mais, peu confiant dans son habileté, il achetachez son patron neuf médicaments composés, au nombre desquels, pour amadouer lejury dégustateur, il eut soin de comprendre d’excellentes pastilles de gomme ara-bique. Il copiales neuf formules dans le Codex , les fit imprimer, et mit en tête unedédicace :
21 mon |j3ère, à ma Jttère, à mon ®ranî>"|)crf,
Respect et Amôur Filial,
& f /b. , 7/f o/t ^/a/ro
Comme taible témoignage î*c la ÏUcomtatôsancc la ylus sincère et la plus inor.
Il se procura aussi ce qu’on appelle une thèse de pharmacie. La thèse et les pastillesfurent également du goût des examinateurs, et Bonnisson, jugé dignus inlrare,prêta serment entre les mains du préfet d’exercer fidèlement et avec probité.
En mettant son diplôme dans sa poche, Bonnisson constata qu’elle ne contenaitque 5 francs 50 centimes; et son patron, sur le point de se retirer, ne voulait pascéder la pharmacie à moins de 20,000 francs. Comment combler ce déficit? Pourparvenir au paradis de l’officine, il fallait inévitablement passer par le purgatoire dumariage. « Trouvez-moi une femme, » dit Bonnisson à son prédécesseur. Celui-ci semit en campagne, négocia avec une famille bourgeoise d’une ville voisine, stipulales clauses du contrat, et au bout d’un mois Bonnisson conduisit a la mairie unejeune personne qu’il avait vue deux fois, et qui arriva par la diligence pour lui jurerune éternelle fidélité. La dot avait payé la pharmacie.
Le voici enfin maître a son tour, ayant a son tour un élève, dispensé des Iravauxpénibles du métier et de la lecture fastidieuse des traités de pharmaceutique. Unroman de Paul de Kock remplace entre ses mains le Codex; l’esclave émancipé dé-vore pour la première fois les pages chaleureuses de George Sand , et s’initie à la litté-rature. Il conserve toujours au premier rang de sa bibliothèque, la Pharmacopéeraisonnée de Guibourt, le Manuel de pharmacie de Soubeiran, le Formulaire de Ca-