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ET E li A BITliÉE DES TUILEIUES.
chapeau, une feronnière, boucles d'oreilles, bracelets et bagues, tout cela est depremière nécessité. Si ses souliers étaient carrés, elle serait désavouée par mes-dames ses amies, et l’on en causerait le soir chez monsieur le duc. Au surplus, sarobe toujours de soie a taille haute, a pour ceinture un ruban de couleurs tranchées;ses gants sont en filet, car sans cela ses bagues deviendraient inutiles.
Non pas que sa pudeur en soit alarmée, mais elle ne regarde les statues du jardinque dans le crépuscule, comme on le ferait a propos d’un objet qu’on redoute etqu’on cherche a la fois.
Je me hâte d’ajouter, dans la crainte que vous ne trouviez un trait de perfide mé-disance dans cette phrase tout innocente, que l’habituée du Luxembourg va, sansscrupule, assister à une leçon de dissection anatomique... Que peut donc un marbresur ses sens aguerris ? Mais c’est une jouissance d’artiste que se donne la promeneuse,et qu’elle veut subordonner toutefois aux exigences du monde, et surtout de sonmonde.
Ces choses et bien d’autres encore, je les avais remarquées à ma première venuea Paris . Depuis lors, les années ont passé sur ma tête, mes cheveux ont grisonné,les arbres du magnifique jardin se sont bien des fois parés et dépouillés, bien desrois ont passé du trône a la tombe, bien des révolutions ont armé des hommes,bien du sang généreux a coulé, bien des têtes ont été fauchées; moi-même, hélas !battu par les vents, ballotté par les mers, sous toutes les zones, dans tous les océans,j’ai fatigué ma vie aux périls, aux privations, aux douloureuses pensées; j’ai étudiéles mœurs des peuples sauvages, j’ai dansé sous le Pont-Neuf; et quand, après avoiréchappé à la colère des flots, a la turbulence des éléments, je me suis trouvé deretour, j’ai couru au Luxembourg , comme on aime a regarder au midi de la viequand elle est a son déclin. Eh bien ! j’ai vu, j’ai reconnu mes anciennes prome-ueuses, mon unique bassin joyeux, mes allées silencieuses, mes beaux carrés defleurs d’où le parfum s’exhale en bouffées coquettes; j’ai retrouvé encore les enfantsqui jouaient au cerceau, les grandes demoiselles qui fermaient la marche des écoles,les gazes et les mousselines papillonnant au zéphir; mais, hélas! l’enfant est devenugrave, la jeune fille occupe la place de l’habituée que j’avais d’abord étudiée avectant de soins, et dont la tombe s’est emparée. Je cherchais en vain sur le front decette jeune femme l’incarnat de la jeune lille : une pâleur plus grave et plus passion-née, des teintes plus chaudes et plus soucieuses l’avaient remplacé; et celle 'a quijadis j’avais entendu dire : « Maman, je vais jouer avec Lucie, » dit aujourd’hui :« Viens, ma fille, tu es fatiguée ; repose-toi à mes côtés.. »
Le jardin aussi s’était transformé : des allées gigantesques avaient été tracées, etune magnifique avenue s’étendait du palais il l’Observatoire. Le doigt de l’empereurs’était promené la.
Quant au palais lui-même, il avait pris du ventre, et sa ceinture légère de laurierset de lilas menaçait de céder a l’obésité envahissante de l’œuvre immortelle deJacques Desbrosses. Un édifice plus lourd qu’imposant avait été plâtré sur l’ancien,et l’on pouvait déjà saisir des bruits de chaînes cl de verroux sortant de cette nou-velle enceinte. Je n’avais laissé que de bonnes âmes et de jolies fleurs dans un jardin