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de prédilection, j’y retrouvais des corps de garde et des prisons. Oh ! oui, le tempsavait marché.
Mais quittons cette promenade si gaie, si calme, si sommeillante jadis, lorsque lamalice aimable, le ridicule naïf et la rieuse jeunesse erraient seuls sous les syco-mores... .le ne sais si mes souvenirs ne sont plus aussi vifs, mais il me semble quetout cela est un peu changé; les physionomies ont moins de bonhomie et d’abandon:il y a comme une odeur de crime et d’échafaud dans l’air...
Passons vite. Vous le dirai-je? c’est ce groupe qui s’enfuit là-bas que seul j’airetrouvé toujours jeune, toujours frais et toujours joyeux. Ce groupe-là, c’est unegriselte et un étudiant... Mais, hélas! ce n’est pas à moi de vous parler des élèvesen tous genres, des couturières, des modistes, qui peuplent les avenues, et qui, pa-reilles à des nuées de papillons voyageurs, voltigent çà et là, l’œil ouvert à tout etsur lout ce qui rappelle la force, la jeunesse et l’opulence; ce n’est pas à moi devous parler de ces insectes étourdis allant se brûler à toutes les flammes, se prenantà tous les réseaux, s’accrochant à tout obstacle, se brisant à toute résistance, vain-cus ou vainqueurs tour à tour, et laissant à l’air, à la ronce, au bouquet, à la char-mille, quelques lambeaux d’antenne ou d’aile diaprée... Hélas! moi, je n’ai plusmes jambes de quinze ans, et je ne peux atteindre au vol ces feux-follets terrestres,pareils aux météores du firmament. Ainsi donc passons, et passons vite...
Toutefois, malgré les rapides évolutions d’une jeunesse âpre au plaisir et s’agitantà l’air libre comme pour secouer la poussière des bancs classiques ; en dépit des ra-pides investigations de ces jeunes filles à la recherche d’un volage dont l’incon-stance est semée de tant de périls, il y a dans l’ensemble du jardin du Luxembourgquelque chose de triste et d’endolori qui blesse l’âme. On dirait un de ces vastes etsolitaires enclos plantés autour des cellules de chartreux ou de capucins, alors quela prière se récite dans les chapelles et fait déserter les pieuses allées. Le silencerègne au Luxembourg comme si le bruit devait y être traité en séditieux. Nul rou-lement de voiture, nulle querelle de rue ou de carrefour; et les arbres, alors mêmeque le vent du nord en agite violemment la chevelure, rendent un gémissementpénible et lugubre.
Le Luxembourg est un lieu de recueillement et de méditation ; la science s’y re-trouve heurtant la science ; elle apporte avec elle un parfum de pédantisme qui vousmonte à la gorge; et, si vous écoutez les graves confidences qu’on se fait à l’oreille,vous n’entendez qu’un cliquetis assourdissant et confus d’x, d’y, de co-sinus, detangentes, de gaz hydrogène -, d’alpha, de pile voltaïque, dont les mots seuls vousrappellent les douleurs et les déchirements qui vous troublaient dans votre cham-bretle aérienne.
Les rigueurs et les aspérités de la science vous poursuivent jusque dans vos rêveriesles plus douces et sont capables, même sous la brise rafraîchissante, de vous fairerenoncer à tout ce qu’elles ont de consolant et de glorieux pour l'avenir.
Mais un jour, dans la semaine, échappe pourtant à cette monotonie lugubre, à cesbouffées scolastiques qui font de la jeunesse une époque si longue cl si amère; cejour, c’esl le dimanche. Figurez-vous un essaim d’enfants se jouant sur un cimetière