LES CIIIEEONNIKRS.
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de soi». Pour eux, il n’y a pas ailleurs d’existence possible; ôtez-leur les las de (li-mier, et iis n’auront plus en perspective que le bagne, la morgue ou l’échafaud,ces trois enfants du vice et de la pauvreté, les cousins germains des chiffon-niers.
Un chiffonnier gagne de 50 'a 40 sous par jour, selon la saison, mais toujours auprix de quinze heures de travail, il peu près. Les chiffonnières gagnent un peumoins, les enfants presque rien. Tous ont mômes vices, mêmes habitudes, mômesallures ; enrayés sur la même voie, aucun n’a tenté d’en sortir, aucun n’a regardésérieusement au delà. Au delà il y a peut-être un nouveau monde, cependant!Les mâles, les femelles et leurs petits, abrutis dès le berceau, haïssent les gens heu-reux, sans savoir pourquoi ils les haïssent; c’est une haine irréfléchie, paresseuse,impuissante, une passion chronique, mais édentée, qui ne mordra jamais, quin’aboiera môme pas; elle grogne, et cela lui suflil. Pour eux-mêmes, ces malheu-reux n’éprouvent qu’un sentiment, le mépris. Chose étrange ! ils en sont venus àtrouver leur nom de chiffonnier trop relevé, trop aristocrate : ils en ont mis encirculation deux ou trois autres pour le remplacer, et selon toute apparence, c'estle mot cliifferton qui restera; il est déjà en fort bonne position parmi les chiffon-niers réformateurs.
Le travail des chiffonniers est partagé en trois divisions, à savoir : les rondes, letriage, la vente. Tous les chiffonniers se lèvent à l’aube du jour; en été avant lesalouettes, en hiver avant les corbeaux. Il y a dans les habitudes nécessaires de cesmalheureux quelque chose de semblable à la vigilance des fourmis et des abeilles ;mais le butin qu’ils entassent, mais les fleurs qu’ils explorent, comme tout cela estsombre, repoussant, terrible ! L’imagination des chiffonniers a résisté cependant à lacorrosivité de leur état; elle chante, elle sourit, elle espère, elle a des visions sonoreset argentées ; elle est heureuse, par moment.
Avez-vous rêvé quelquefois, lorsque vous étiez fort jeune et qu’il ne vous étaitpas encore venu à la pensée que votre maîtresse, après tout, ne serait guère autrechose que soixante kilogrammes de chair et d’os, façonnés avec plus ou moins d’art,sous quelques poignées de cheveux noirs ou blonds; avez-vous rêvé, les yeux ou-verts, par un beau jour de printemps, quand les amours fleurissent au cœur et leséglantines sur les buissons, quand la terre commence a se fendre sousles ardents bai-sersdu soleil, quand les rameaux des arbres frémissent en se touchant, quand toutesvos cousines vous semblaient jolies ; avez-vous rêvé qu’il vous tombait une Eve du cielou qu’il vous en arrivait une de quelque maison voisine? Si vous avez fait ce rêve,vous vous y êtes complu tout entier; vous y avez couché et endormi votre âme ettoutes les facultés de votre âme ; bientôt, par je ne sais quelle puissance magnétique,votre rêve a pris une forme réelle, un corps palpable ; il a eu des yeux charmants etil vous a regardé; il a eu des lèvres veloutées et cramoisies, et au milieu de ces lèvresune voix si douce et si amoureuse,que les tourterelles en étaient jalouses; et puis,dans un moment d’extase ineffable, dans une crise inexplicable, inouïe, vous avez serrécontre votre sein votre imaginaire Galalée ; vous l’avez appelée des noms les plusdoux, les mieux aimés; vous avez compté les cils de scs paupières, les dents de sa