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UiS CHIFFONNIERS.
sent autre chose, c’est par nécessité et parce que, après tout, il faut manger; maisôtez-leur cette douteuse et presque impossible Amérique : une cuiller d'argent ca-chée dans un fumier! et ils s’arrêteront sur-le-champ; ils vendront leurs crochets,leurs lanternes, leurs hottes ; ils se feront voleurs, assassins, mouchards, que sais-je?Ou bien, les pauvres animaux, ils se coucheront sur le pavé et crèveront en pleinair, a la pluie, au soleil, sous la neige ou le brouillard, ou sous les roues de quelquevoilure. Qu’importe!....
C’est pendant la nuit principalement que l’espérance, celte fleur de toutes les mi-sères, éclôt dans l’âme des chiffonniers. Pendant la nuit, on les voit a peine ; ils n’ontpas a craindre l’impitoyable loi qui commande la restitution des objets trouvés ; si c’estenfin cette fois que leur rêve doit se réaliser, ils n’en parleront a personne; pourquelques verres d’eau-de-vie, leur conscience se taira ; d’ailleurs ils l’enivreronttoutâ fait, leur bonne conscience, si elle gronde ! et, quoi qu’elle dise, ils ne l’en-tendront plus quand avec eux elle battra les murs !
Cependant lorsqu’ils ne trouvent ni cuiller d’argent, ni porteleuilles, ni billets debanque, c’est-à-dire tous les jours que Dieu fait, les chiffonniers, plus sages que lehéron de la fable, se rabattent sur le fretin et se gardent bien de dédaigner quoi quece soit. Les yeux penchés vers la terre, comme des brutes, ils en fouillent du regardles plus imperceptibles cavités. Ils voient l’insecte qui se meut et le grain de sablequi luit entre deux pavés ; ils distinguent au milieu de la bouc, et de fort loin, latête rouillée d’un vieux clou ; rien n’échappe en un mot â leur minutieuse investi-gation, prompte, calme et passionnée tout â la fois. Aussi, lorsque le jour est bon, ilsont bientôt rempli leur hotte que la plupart d’entre eux appellent mannequin, et pardérision cabriolet. Les débris de vaisselle, les lambeaux de torchons, les talons debottes, les tessons de bouteilles, les morceaux de papier gris, les restes de mèchesâ quinquets, les chiens tués ou empoisonnés, les ossements de toute nature, et jus-qu’aux fragments de légumes, tout est marchandise, tout a une valeur, tout est debonne prise pour le chiffonnier. Avec ces ordures il fera de l’argent, ce pauvre alchi-miste, et avec cet argent, il trouvera de quoi se repaître ; et il ne crèvera pas defaim.
C’est la sans doute une épouvantable condition ; mais habitués a ce train devie, a ses déceptions continuelles, a son abjection fatale, les chiffonniers ne font rienpour en sortir. Ils se plaisent là dedans, ils y naissent et ils y meurent, comme lesvers dans la chair bleue. Que voulez-vous? avec les 40 sous qu’ils gagnent à peuprès tous les jours, ils pourraient vivre convenablement, un peu mieux; ils neveulent pas vivre mieux. Ce qu’ils veulent avant tout, c’est du vin et de l’eau-de-vie ; « du camphre et du vitriol, » comme ils disent ; quelque chose enfin qui leurbrûle, le plus vite possible, les poumons et le cerveau, lin chiffonnier qui penseraitne pourrait pas faire son état. Les chiffonniers rêvent, ils ne pensent jamais.
La bonne ville de Paris , cette belle prostituée toujours prête à satisfaire tous lesappétits, ceux du vice et ceux delà vertu, ceux de la bouche et ceux du couteau;Paris a produit des cabaretiers tout exprès pour les chiffonniers; il y a à Paris desbouges où l’on ne reçoit que ces gens-làel les voleurs, qui entrent partout. Un homme