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Tome troisieme.
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LES CHIFFONNIERS.

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vilu à peu près décemment n’y serait pas reçu, a moins pourtant qu’il n’établit sadignité d’une manière précise, soit en prouvant qu’il vient du bagne ou qu’il y peutaller, soit en montrant sa médaille de chiffonnier ou sa carte d’agent de police. Voilàcependant les couches inférieures de l’espèce humaine, telles que les a faites la civi-lisation ! Ces établissements sont quelque chose de monstrueux, et les hommes y sonttraités plus mal que les chiens. Le tavernier, le cabarelier, si vous aimez mieux,toujours protégé par la police, exerce sur toutes ses pratiques un contrôle brûlai. Illes injurie, il les frappe, il les entasse sur de la paille dans une pièce reculée et sourde,quand ces malheureux, qu’il a empoisonnés avec ses drogues, ne peuvent plus se te-nir, même sur les genoux. Les chiffonniers appellent cette pièce clandesline la saliede police, le violon. Ils y dorment, les uns sur les autres, lorsqu’ils sont soîds, en longet en large; et quand ils en sortent, ils ne se plaignent pas; mais ils recommencent àboire, s’ils ont encore de l’argent.

C’est dans ces ignobles repaires, et ils sont nombreux à Paris , que les chiffonniersvont engloutir le prix de leur travail. Le plus souvent, il n’y a ni bancs ni chaisesdans ces trous bâtis en maçonnerie, mais seulement des cordes attachées au plafondet qui descendent vers le pavé de l’antrejusqu a hauteur de moitié d’homme. Quandil en est ainsi, les convives se soutiennent aces cordes, à leurs risques et périls. S’ilen tombe quelques-uns, les autres marchent dessus; voilà tout. Il y a, rue des Mar-mousets, une maison de ce genre, que la police municipale fait fermer le dimancheet le lundi, par mesure de précaution, à trois heures du soir ! Jugez ce que ce peutêtre que cette maison, rue des Marmousets !

Les chiffonniers prennent leur nourriture au hasard, mais presque toujours surles marchés publics. Là, pour quelques sous, on leur vend des croûtes de pain, desrestes de viande, des balayures de maraîcherie, des arlequins, comme ils disent, etils ne demandent rien de plus. On pourrait même se dispenser de faire cuire leurpâtée dans le saindoux; ils ne s’en plaindraient pas. Pour 20 centimes, ils dînentmerveilleusement, à leur avis, chez la mère Cousin. La mère Cousin est leur Borrel ;elle habite le marché des Jacobins, à cent pas des Tuileries .

Il existait autrefois, dans les environs de la place Mauberl, un restaurant spé-cialement consacré aux chiffonniers, et dont l’histoire mérite d’être arrachée à l’ou-bli. Ce restaurant, établi au rez-de-chaussée, était composé de deux pièces basses,noires et comme écrasées sous le poids des étages supérieurs. De longues tables en-tourées de bancs, le touten sapin et soutenu sur des pieds solidement enfoncés dansle sol, tel était l’ameublement de ce pauvre logis. Aucun saint en renom, aucuneallégorie, aucune devise n’avait été barbouillé au dessus de la porte, mais on y lisaiten lettres grossièrement dessinées : a a l’azaiit de la fouuciiaite, ici l’on dînepour un sou! » Cette enseigne avait fait fortune, et il devait en être ainsi, dans unpareil quartier. Eh bien, c’était une ironie cruelle que cette enseigne, un mensongetentateur, amer. Voici comment on dînait pour un sou à l’azari de la fourchaite.Dans la première pièce de cet abominable réfectoire, une chaudière immense, encuivre jaune et vert-de-grisé, reposait sur un trépied en fer, audessous duquel onentretenait avec soin un grand feu. On jetait dans cette chaudière quinze à vingt