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Tome troisieme.
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les ciiiitonnieiss.

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Après quelques années de vogue, soit que la police ait mis (in aux spéculationsphilanthropiques de cet établissement, soit qu’il ait été naturellement abandonné,il a disparu.

Les chiffonniers les plus heureux sont ceux qui trouvent dans leur ronde quelquechose a manger, quoi que ce soit. Ils soufflent la-dessus et ils s’en bourrent le ventre,sans faire la grimace, et bien contents, en vérité! Ils appellent ce festin un dînerchez la mère la Rue ; or, comme la mère la Rue est la seule personne au mondequi leur fasse crédit, c’est toujours avec orgueil et fièrement qu’ils parlent d’elle.Eh! bon Dieu ! il faut bien aimer quelque chose et quelque part, ici-bas; pourquoin’aimeraient-ils pas la rue, ces pauvres gens qui lui doivent tout !

Viennent a périr les colonies et les belteraves, et les chiffonniers trouveront dusucre, s’il le faut, au milieu de ces grands fossés qu’on appelle les rues de Paris .Quant a présent, c’est l'a qu’ils font leur récolte de tabac et qu’ils cherchent le ferdont ils ont besoin. Voici comme : l’un des leurs, vieux soldat, non décoré, maisayant, dit-on, souvent mérité la croix, ce qui vaut mieux ; l’un des leurs, mariélégitimement et père de famille, même un peu marchand de vin, dégoûté un jourde son pauvre état de chiffonnier, chercha dans sa tête un moyen d’en sortir toutà fait. 11 ne savait rien faire. Dans le temps de sa jeunesse, on n’apprenait auxenfants qu’à tirer des coups de fusil et à supporter de longues marches. Il étaitvieux d’ailleurs et incapable d’aucun travail pénible. Il avait des enfants a sontour, mais sa pauvreté n’avait point permis qu’il leur fît apprendre un métier. Ilpossédait en outre une vieille femme, mais elle avait été canlinière, et ne se sou-venait pas d’avoir fait autre chose que passer la goutte à nos soldàts sur le champde bataille, à travers les balles et au milieu du feu. Autour de lui, il avait beauregarder et étendre les bras, il ne voyait rien qui pût l’aider à sortir de sonmalheureux métier. Il y songeait tout le jour, et la nuit il eu pleurait. Après biendes recherches, bien des calculs, bien des rêves, il lui vint enfin dans l’esprit qu’ilétait impossible que le tabac vendu par la régie fût plus mauvais. Depuis longuesannées, il savait que celte abominable choucroûte enfumée était beaucoup tropchère. Du rapprochement de ces deux faits, jaillit pour lui, comme une source audésert, une vie nouvelle, une situation meilleure. Il dit, je serai marchand de tabacet il le lut. Ouïe vit, dès le lendemain, lui, sa femme et ses enfants, se promenerdans les rues de Paris , un panier au bras, et cherchant sur les trottoirs et jusquedans les ruisseaux, les bouts de cigares tombés de la bouche des passants ou rejetéspar eux.

Les galeries du Palais-Royal, les boulevards, les Champs-Elysées , lurent les pre-miers endroits qu’on leur vit exploiter. Peu à peu, ils s’introduisirent dans les esta-minets. Aujourd’hui, quand ils rentrent, le soir, dans leur pauvre gîte, il est bienrare qu’ils ne rapportent pas, à eux tous, une dixainede livres de ces bouts de ci-gares. Alors ils se rangent en rond, autour d’une table; ils disposent leur récolteau milieu d’eux, ils l’épluchent, ils la trient, ils en font des lots. Chacun d’eux,armé d’un grand couteau de cuisine, hache ensuite devant soi, pour en faire dutabac à pipe, sa part de la récolte du jour. Le lendemain, enlin, tout en faisant leur