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Tome troisieme.
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LES Cil I EF O N N I E 14 S.

ronde, ils vendent aux chiffonniers qu’ils rencontrent, et seulement au prix de dixcentimes l’once, le tabac a fumer et a mâcher dont ces pauvres diables ont besoinpour vivre.

Quant au fer, ce sont les chiffonniers eux-mêmes qui l’extraient des rues, ou dumoins un certain nombre d’entre eux. Ceux-ci sont nommés par la police et parleurs confrères, les ravageurs. Ils ne travaillent pas lorsqu’il fait beau, mais seule-ment quand il pleut, un instant après la pluie. Alors l’eau coule à torrents dans lesrues inclinées de Paris . Elle a charrié, dans les rigoles ménagées par le pavé, tousles morceaux de clous et de ferraille qu’elle a pu emporter en passant, et tout celas’est arrêté ç'a et la, dans les interstices des pavés. Les ravageurs le savent bien.Aussi, dès que le ciel se charge de nuages, dès que les nuages s’amoncèlent au midiet semblent traîner sur la ville et s’écorcher les flancs aux angles des toits, dès cemoment tous les ravageurs, jeunes et vieux, sont en fêle. Chacun prépare son cro-chet et boit du camphre en attendant l’orage. Tout 'a coup les nuages crèvent, lapluie tombe a verse; c’est le beau temps des ravageurs. Dans un instant ils vont semettre à l’œuvre. La pluie a cessé, les voici :

Toutes les rues inclinées de Paris , et au milieu desquelles coule un ruisseau, sontoccupées par une file de pauvres gueux en blouses, ployés eu deux, la têteau ni-veau des genoux, les regards au fond du ruisseau, et cherchant de la ferraille entreles pavés. La besogne faite, ils vendent un sou la livre leur misérable butin. Pournous autres, un sou n’est rien ; pour les ravageurs, c’est l’espérance, c’est la vie,c’est tout ! Oh! que de chiens inutiles absorbent, sans s’en douter, ce qui sufliraitaux besoins de nombreuses familles !...

La police n’aime pas les ravageurs. On prétend qu’ils détériorent le pavé de Paris .Quand elle en prend en flagrant délit, c’est-'a-dire travaillant pour manger, elles’en empare, elle les conduit en prison, elle les fait condamner, et puis pro-bablement elle se donne, au nom de la société, sa propre bénédiction. Quelle rail-lerie!...

Quoi qu’il en soit, et ceci soit dit en l’honneur du plus hardi des chiffonniers,voici dix ans que la police traque le général Bertrand, le plus vaillant des ravageurs,et elle n’est pas encore parvenue à l’arrêter.

Le Général Bertrand, ravageur, n’est pas ce vieux et fidèle compagnon de l’Em-pereur que nous connaissons tous. Grâce a Dieu ! celui-ci peut vivre autrement qu’encherchant des clous dans les ruisseaux de Paris . Celui dont nous parlons est toutsimplement un chiffonnier héroïque, un brave entre les siens, et que les siens ontappelé général,parce qu’il se nommait aussi Bertrand, comme l’austère compagnonde notre grand Empereur.

Les jeunes chiffonniers ne se font remarquer au milieu de leurs pères que par unseul trait, un manque de mémoire, un rien, voici: dès qu’il peut travailler à soncompte, c’est-'a-dire à douze ans environ, le petit chiffonnier se hâte d’abandonnerl’antre paternel. Il se procure les instruments dont il a besoin, et on le voit errerseul au travers de nos tas de maisons. Pendant les premiers jours de sa liberté, il saitencore le nom de son père, mais au bout de trois mois, demandez-le-lui, il ne s’eu