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LE COMMISSAIRE 1)K POUCE.
prototype du genre commissaire), ce bureau forme uu appariement assez vaste, etsuffisamment orné : même il sert quelquefois a deux lins. Bureau jusqu'il quatreheures de l’après-midi; le soir, quand on a enlevé les ordures et parfumé l’atmo-sphère, il devient salon de réception. On y danse, on y fait de la musique; car ondanse chez le commissaire de police comme chez le procureur du roi, ou tout autreattaché au parquet.
Auprès d’un bureau d’acajou, surmonté parfois d’un buste du roi, est assis, sur unfauteuil de maroquin vert à clous dorés, monsieur le commissaire. Pendant qu’ilachève de dresser un procès-verbal, jetons les yeux sur les livres et les papiers quiencombrent-la table de son bureau. Avec les ordonnances nouvellement écloses ducerveau du maire et du préfet de police, et qu’on lui transmet immédiatement, nousvoyons des mandais d’amener du procureur du roi, une commission rogatoire du juged’instruction, des objets saisis et déjà sous le scellé, des passe-ports, des livretsd’ouvriers, des chansons, et divers papiers de crieurs publics, qu’il examine avantde leur conférer l’approbation légale du contre-seing, etc., etc. Parmi les livres quicouronnent le plateau du secrétaire, voici les cinq Codes, son vade mecum perpétuel,de la Police, par Delamare, Dictionnaire de police, divers ouvrages de médecine lé-gale, Secours à donner aux noyés et aux asphyxiés, Traité des poisons, de M. Or-lila, etc. ; car par les devoirs,-les nécessités de son état, le commissaire de police esttenu de posséder des connaissances pharmaceutiques assez développées. Même, s’ilvous était permis de jeter un regard au fond de cette armoire, vous y découvririeztoute une petite pharmacopée, complète au reste en ce qu’exigent les prescriptionsde la médecine légale.
En face du bureau s’élève la bibliothèque. Elle est bien garnie, et vous la consulterezavec fruit, avec plaisir. Goûtez-vous médiocrement le droit et la procédure? choisissezalors parmi les chefs-d’œuvre des poètes, des orateurs et des historiens. Vous en voyezligurer qui appartiennent à toutes les littératures, car le commissaire de police esttoujours plus ou moins ami des.lettresetdes arts. Lui-même souvent il a été artiste,il a cultivé les muses, par vocation ou par occasion. Vous découvrirez parmi les com-missaires de police beaucoup d’anciens jeunes-premiers, desfigaros qui ont pris duventre, des alto et des basses mis à la réforme, des ut et des fa autrefois tout-puissants,et qui un beau jour se sont radicalement évanouis; des journalistes, des instituteursmalheureux; et, pour compléter cette nomenclature, des commerçants ruinés etbeaucoup d’anciens militaires, car le commissaire de police a toujours mené une vieassez aventureuse. Son état même exige qu’il ait expérimenté la vie sous plusieursfaces, car, comme vous le voyez, c’est déjà uu homme d’un âge mûr, c’est-à-dire quichemine entre quarante ou cinquante ans. Considérez-lc : son corps maigre, son frontlarge, sillonné de rides profondes, dévasté aux tempes; ses cheveux rares et grison-nants, accusent les veilles et les perpétuelles fatigues de son état. Son œil est vif,éveillé, et toutefois circonspect. La curiosité, l’attention, la discrétion, se lisent aufond de son regard, et le nuancent différemment. En général, sa mise est simple etpropre. Il porte d’ordinaire du drap noir, et aux jours de service, sous les pans bou-lonnés de son habit se laisse entrevoir sa redoutable écharpe, insigne et talisman