LE COMMISSAIRE DK POLICE.
5 iü
officiel de son autorité. Quelques commissaires de police, il est vrai, plus jeunes ouplus mondains, affectent une mise très-recherchée; mais, sous Ebahit classique ou lefrac il la mode, la physionomie de ce magistrat ne change pas. Car sitôt qu’il entreen possession de sa charge, le commissaire de police éprouve le besoin de se créerun visage respectable et sévère, sinon il manquerait a l’une des Conditions les plusimportantes de son personnage : il ne serait pas imposant, et il doit l’être. Car songezque seul il lient et gouverne ses audiences, qu’il les donne a toute heure, et souventen robe de chambre et en bonnet de nuit; qu’il y remplit les rôles du président, dujuge d’instruction ou du procureur du roi, sans autres auxiliaires de son autorité quel’assistance grotesque de deux gendarmes ou de quatre tourlourous et un caporalqui, durant l’interrogatoire, se balancent pittoresquement sur le canon de leursfusils. C’est donc a lui de suppléer par son attitude majestueuse, par le ton de savoix, le jeu de sa physionomie, a ces puissants moyens d’émotion qui, dans nos tri-bunaux, agissent sur les coupables les plus endurcis. D’ailleurs l’interrogatoire ducommissaire de police est d’une excessive importance ; car il saisit le criminel aupremier bond, encore sous le coup et la terreur de l’arrestation, quand il n’a paseu le temps d’ourdir sa fable et de méditer sa réponse. Encore une fois, c’est unedifficile fonction, et qui exige au physique comme au moral des hommes d’une gra-vité et d’une expérience consommées.
Je n’ai pas tout dit encore. Enumérer les attributions du commissaire de policeserait un dénombrement a fatiguer le plus intrépide nomenclateur. Mais là-bas, àtrois lieues d’ici, une maison brûle; il est trois heures du matin. Allons, debout,monsieur le commissaire de police.
L’émeute court les rues, la générale bat, la fusillade retentit. Allons, monsieur lecommissaire, ceignez votre plus éclatante écharpe, mettez votre tricorne officiel, etaux yeux de tous prononcez, en face des factieux armés, les trois sommations vouluespar la loi, et faites-vous casser la tête pour le service de l’ordre public.
Une femme vient de se noyer; monsieur le commissaire,
Vous ii’ètcs pas de ceux qui disent : Ce n’est rien,C’est uue femme qui se noie.
Vous accourez sur la rive, vous recueillez le corps ou le cadavre, vous rendez lecorps a la vie, vous envoyez le cadavre à la Alorgue, et du tout dressez procès-verbal.
Mais combien vous seriez encore un homme heureux, monsieur le commissaire !combien je vous porterais enviesi la coutume ne vous avait, bon gré, mal gré, commis illa conservation de la paix des ménages, a Paris comme a la banlieue, a la banlieuecomme à la province. Ah ! nous avons le doigt sur la plaie, sur le côté le plus fâ-cheux, le plus incessamment difficile de vos fonctions. Cellc-I'a exige de votre partune perpétuelle vigilance, une sagacité, un jugement bien supérieur aujugemcnl.deSalomon, qu’on a beaucoup trop vanté. Que de lamentations saugrenues, que de