I.X.XAV
LE KOI.
mener dans les rues de Paris , son archilecte sous un bras et son parapluie sousl’autre bras.
Mais a ces honnêtes et bourgeois raisonnements l’inflexible Casimir Périer , quià tout le courage d’un tribun unissait toute la morgue d’un grand seigneur, Casi-mir Périer répondait qu’il ne s’agissait plus d’être un bourgeois et de s’allerpromener dans la rue en attendant le dîner, que c’élait un roi et tout a fait unroi sur son trône, la couronne sur la tête et le sceptre a la main, qu’il fallaità la France . Qu’à cette haute position, nul détail ne devait manquer, surtout dansces jours malheureux où la royauté de France avait subi tant de mépris et tantd’outrages dans la personne du plus vieux, du plus honorable et du plus noblegentilhomme de l’Europe. « Le roi, disait Casimir Périer , appartenait de droit auchâteau des Tuileries , comme il appartiendra plus lard, à force de sagesse, de pré-voyance et de bonheur, aux caveaux de l’église de Dreux, le Saint-Denis de sa fa-mille. Tant qu’on ne verrait pas le château des Tuileries occupé du haut en bas,tant que la vie, le bruit, le mouvement, l’éclat des lumières, les couleurs triom-phantes du drapeau tricolore, l’agitation des soldats armés, l’ardente curiosité del’Europe, ne seraient pas rendus à ces murs, le peuple de France ne pouvait pas sepersuader qu’il avait un roi. En effet, avant toute autre croyance, ce qu’il impor-tait de rétablir, c’était la croyance a la royauté. Le pouvoir! le pouvoir! l’autorité,l’obéissance! tel était le cri de guerre de Casimir Périer . — H répétait : Il faut ré-gner, avec autant d’acharnement que le vieux Caton répétait le delenda Carilmgo. Aces exigences inattendues de sa monarchie naissante, le roi Louis-Philippe regardaitson ministre d’un air étonné; car, dans les premiers enivrements de cette royauténécessaire qui lui était venue avec tout le sans-gêne et tout l’imprévu du hasard,il n’avait pas encore passé par les terribles enseignements de l’émeute, delà guerrecivile et de l’assassinat.
Ce n’est pas que ce roi gentilhomme, et, qui au fond de l’âme, est plus lierd’être le petit-fils du roi Ilenri IV (et plus proche parent de Henri IV que duroi Charles X , comme on le dit au château), n’eût pas dans son esprit et dansson cœur tous les instincts des rois qui savent régner; au contraire, il aime la royautéen homme qui sait tenir un sceptre et porter une couronne ; il en aime les pompes,les fêtes, les cérémonies, les privilèges. Il n’a jamais autour de lui assez de gran-deur, assez d’éclat. Sa grande joie, ce serait d’être entouré d’une éclatante cour oùse presseraient en foule tous les grands noms de la monarchie. Il sait bien tout cequ’il doit d’empressement et de déférence aux hommes nouveaux, aux vertus nou-velles ; mais cependant il n’est rien moins que malheureux quand on annonceaux Tuileries quelque nouveau venu du temps des croisades ou de Charlemagne. Ily a chez lui le double instinct du gentilhomme et du bourgeois de Paris,du petit-lilsde saint Louis et du roi de la révolution de juillet; il se souvient Ires-bien qu’ilétait en personne à Jemmapes et que ses ancêtres étaient à Roncevaux . Même dansses plus grandes familiarités, et elles sont charmantes, le roi vous rappelle, sans levouloir peut-être, de quelle race il descend.
Il vous dit, par exemple : Monsieur le régent, mon aïeul. — Il porte à son père