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l.XXXVII
une tendresse infinie, un respect sans bornes. Non-seulement il n’évite pas laconversation lorsqu’elle se porte sur ce terrible personnage des mauvais jours,mais encore c’est un sujet de conversation qu’il recherche , et alors vous l’en-tendez qui prend en main la défense de feu le duc d’Orléans, et qui donne a saconduite toutes sortes d’explications loyales et bien senties. Le roi, on le sait, écritchaque soir l’histoire de son règne. Il a écrit jour par jour l’histoire de la révolu-tion française . IJ est né avec elle, pour ainsi dire, il en a suivi toutes les phases,il en a connu tous les hommes, il en a subi toutes les vicissitudes; nul plus quelui ne peut dire le pars magna fui; il sera donc, a n’en pas douter, un très-cu-rieux et très-singulier historien de la révolution française. Du reste, il a plusieurs desqualités de l’historien. Ha le coup d’œil, le sang-froid, la connaissance des hommes,le bon sens qui observe et qui juge, le style abondant, la mémoire prompte et rapide,la bonne foi. Chaque période de ces mémoires, qui feront une rude concurrenceaux mémoires du prince de Talleyrand, en supposant que le prince de Talleyrand ait écrit ses mémoires, est reliée en manuscrit par le relieur du roi. Que de chosesdans ces livres! que de souvenirs! que d’actions illustres ! que de gens réduitsà leur juste valeur! Comme on y retrouvera a chaque page le politique habileet ferme, prudent et dissimulé, patient et prévoyant, qui a sauvé l’Europe à plu-sieurs reprises des fureurs d’une guerre universelle. Que de veilles, que de tra-vaux, que de négociations seront racontées dans ces pages! Ainsi, grâce à l’empe-reur Napoléon, grâce au roi Louis-Philippe 1 er , et grâce à M. de Chateaubriand,le dix-neuvième siècle français , ce siècle tout rempli de tous les côtés, du côté de larévolte et de l’obéissance, de la guerre et de la paix, de la révolution et de lamonarchie, de la victoire et de la défaite, du côté de la croyance et de l’art, seradignement représenté dans l’avenir. L’empereur Napoléon, dictant les quelquesbelles pages contenues dans ce fouillis populaire qu’on appelle le Mémorial deSainte-Hélène, enseignera aux races futures comment se fondent les monarchies àforce de courage et de génie; le roi Louis-Philippe I er leur dira comment se con-servent les monarchies, à force de sagesse, de travail et de prudence; en mêmetemps viendra M. de Chateaubriand pour dire à tous, de sa voix éloquente etinspirée, comment les vaincus eux-mêmes se sauvent par la poésie, par la croyance.M. de Chateaubriand fera l’élégie et l’oraison funèbre de ce siècle ; l’empereurNapoléon en chantera I ’Hosanna in eæcelsis; le roi Louis-Philippe en formuleral’esprit et les maximes :... trois grands historiens qui ne laisseront rien à direaprès eux, sinon les louanges qu’ils ne se seront pas données. Heureux sera leplus modeste des trois, car sa part et sa bonne part lui sera faite par la postérité !
Je ne sais pas une plus noble occupation pour un roi, plus utile pour lui-même etplus utile pour son peuple, que celle d’écrire l’histoire de chaque jour. Ainsi forcéde revenir sur tous les événements, sur toutes les émotions de la journée, il est sonpropre juge à lui-même. Il faut nécessairement qu’il se regarde face â face. Ils’interroge tout bas, il se répond tout haut. Il faut qu’il soit juste pour lui-même,juste pour les autres. L’homme qui écrit ses commentaires à une certaine distancedes événements peut bien se faire une sorte d’illusion sur ses propres mérites ;