32 L’ARMÉE.
cieusement la grenouille Les sous-officiers doivent, dit-on, à leurs rapines lespièces de cinq francs qu’ils font tinter dans leur poche au café, pour accroître leurcrédit. On débite sur leur compte plusieurs facéties légendaires. Ainsi l’un d’eux,réglant avec un conscrit, lui disait : « Tu as eu une brosse et un sac h brosse ; il nele reste donc rien. Tiens, tu vas voir; récapitulons : brosse, sac a brosse, et puisbrosse, ça fait brosse. »
Un autre établissait ainsi une soustraction : « x et 6 font 14 ; je pose 4, et re-tiens... 11 y en a qui te retiendraient quelque chose; mais moi, je suis généreux,voilà quatre sous. »
Citons encore un dialogue apocryphe qui a cours dans les casernes.
Le sergent-major (avec impatience). Qu’est-ce qu’il veut encore celui-là? qu’est-ceque c’est? Probablement vous avez quelques réclamations à présenter!
Le conscrit. Non, major, mais enfin...
Le sergent-major. Enfin, quoi?
Le conscrit. Vous m’avez mis sur mon livret deux chemises, et je n’en ai reçurien qu’eune.
Le sergent-major. Mais sais-tu lire ?
Le conscrit. Non, major.
Le sergent-major. Eh bien, lis, animal, et tu verras que t’as ton compte.
Ces imputations traditionnelles ont pu être justifiées par la conduite de certainssergents-majors, qui ont profité, pour faire leur beurre, du désordre inséparabledes guerres de l’empire, et se sont parfois approprié la masse des hommes tués.Les sergents-majors ont aujourd’hui très-peu d’occasions de bénéficier sur l’étatou les soldats. L’une des plus saillantes est celle-ci. Une classe arrive, on l’habille ;il importe de faire disparaître rapidement les vêtements bourgeois des recrues,sales et vieilles nippes, au dire du sergent-major, qui les regarde d’un air déprécia-teur. On va donc en traiter en bloc avec un marchand d’habits, et la somme obtenuesera répartie entre tous les hommes. 11 serait possible en ce cas, au sergent-major,d’empocher sans bruit un droit de courtage sur le produit de la vente.
Le sergent-major tient la feuille de journée, compte rendu de toutes les muta-tions, vérifié a la fin du trimestre par le trésorier ; le livre des reconnaissances , oùsont enregistrés tous les mandats sur la poste envoyés aux soldats; le livre rouge,ou des punitions, destiné à conserver la mémoire de toutes les fautes et de leur châ-timent, depuis un mois de cachot jusqu’à vingt-quatre heures de consigne. Mêmeaprès l’expiation, ces notes suivent le coupable dans toute sa carrière militaire, aussibien que la nomenclature de ses services.
Pendant la période impériale, il était préjudiciable à un sergent-major de mon-trer trop de capacité. Les comptables étaient rares, et on les conservait avec soin.En vain un sergent-major possédait à fond l’école du peloton, l’école du soldat, lathéorie du service, du démontage et remontage des armes, etc. ; ses connaissances
4 Manger la grenouille # distraire des fonds. D'après une ordonnance du maréchal Soult, la peine detrois ans de fer au moins, et de cinq ans au plus, est applicable à ce délit.