Band 
Tome cinquieme.
Seite
34
JPEG-Download
 

L’A II ME l£.

5't

sergent-major, les quatre sergents, le fourrier, les huit caporaux, les deux tambourset les quatre-vingt-dix soldats en :

5 loups,

1 larron,

A mendiants,

A galopin,

8 esclaves, -

2 insolents,

90 malheureux.

Quant aux deux enfants de troupe, le satirique impitoyable les avaitaffublés d'une qualification éminemment injurieuse pour leurs respectablesmères.

Les prévarications qu’on reprochait jadis aux fourriers diminuent de jouren jour; il leur est difficile d’échapper a l’œil vigilant des chefs. Supposez quevingt hommes partent en semestre; joyeux de prendre leur volée, ils s’inquiètentmédiocrement de leurs rations. Il pourrait donc s’établir un pacte entre lefourrier et le fournisseur : ce dernier compterait a l’état vingt rations qu’il nelivre pas, et dont le fourrier partagerait le prix avec lui ; mais la sévère etactive surveillance des capitaines empêche le plus souvent toute manœuvre frau-duleuse.

Les distributions extraordinaires de vin, aux fêtes de juillet, du roi, etc., offrentaux sergents-majors et fourriers une légère occasion de se désaltérer au détrimentde la compagnie. Selon les règlements, toujours invoqués et souvent violés, le four-rier qui reçoit le vin de la compagnie devrait le porter immédiatement dans les cham-brées, et le partager également avec des mesures d'un demi-litre, ou d’un demi-setier ;mais il le dépose préalablement dans la chambre du sergent-major, et comme les sol-dats sont consignés pour recevoir leurs rations, il entreprend lui-même un voyage àla découverte d’une mesure. Dans l’intervalle, le brosseur et confident du sergent-major opère, avec la dextérité d’un marchand de vin émérite, des transvasements,des mélanges, de mystérieuses manipulations. Le fourrier est de retour; il n’a pastrouvé de mesure, mais il est porteur d’une tasse quelconque qui en tient lieu par-faitement, et qui disparaît pour toujours après la distribution. On assure que desfourriers ont étudié l’art de verser avec économie, et que le liquide, dirigé adroite-ment sur la paroi du vase, tournoie, laisse un creux au centre et semble déborderle récipient qu’il remplit a peine.

Sitôt que le fourrier s’est éloigné, les chambrées retentissent de clameurs. « C’estdégoûtant! on nous fait la queue! J’ai bu ma ration tout d’un coup! Je n’auraisjamais pu avaler un demi-litre ! » Il n’y a jamais plus de plaintes, de murmures, demécontentement, que les jours de réjouissances publiques.

Le lendemain, tous les yeux épient l’allure du sergent-major et du fourrier, clquelle qu’ait été leur tempérance, des chuchotements accusateurs volent de boucheen bouche : « As-tu rencontré le sergent-major? il ne peut pas se tenir. — Et lefourrier, donc? 11 est rouge comme un coq. »