Band 
Tome cinquieme.
Seite
35
JPEG-Download
 

L’A II ME K.

5. r )

Si .un réclameur s'aventure a présenter une requête eu supplément de portion :

" Qu’cst-ceque c’est! s’écrie le sergent-major; est-ce que vous n’avez pas eu votrecompte? Us croient qu’on tient à leur vin, ces gredins-l'a! Fourrier, donnez-lui doncroa ration I »

Et le soldat indemnisé peut se retirer, en disant : « J’ai bit; me voilà dés-armé. »

« l’étais consigné à la chambre, nous racontait un ex-fourrier. On venait de fairedistribuer aux soldats de l’eau-de-vie pour mêler a leur eau, comme c’est l’usagedans les garnisons du Midi. Je vois de ma fenêtre un de mes collègues et amis tra-verser la cour à pas précipités ; je l’appelle.

« Ohé! Joseph! viens donc me tenir compagnie!

« Point de réplique : je réitère mon invitation, en donnant a ma voix tout le dé-veloppement dont elle était susceptible. Au lieu de répondre, mon camarade tournea demi la tête, et me lancé par-dessus l’épaule un regard farouche et répro-bateur.

« Je me demandais encore avec inquiétude en quoi j’avais pu lui déplaire, quand,"n quart d’heure après, il entra dans ma chambre, et m’expliqua l’énigme en quel-les mots. »

«« Imbécile ! me dit-il, j’avais deux litres d’eau-de-vie dans mon shako ! »

Le règlement, pour prévenir toute adultération, accorde aux soldats le droit dedemander l’aréomètre et de mesurer eux-mêmes le degré de l’alcool distribué. Letoalheur est qu’ils ignorent l’usage et même le nom de cet instrument; ils crain-draient d’ailleurs d’encourir le ressentiment des sous-ofliciers en se montrant trops °upçouueux.

C’est le fourrier qui consigne sur le livre d’ordres tous ceux qui émanent dure giment, de la place ou de la division. Dans l’après-midi du samedi, il lit a hautev °ix la nomenclature des peines et délits militaires, code terrible, affiché dansto utes les chambrées, imprimé en trois pages de petit-texte sur tous les livrets,utais dont oa V eut graver profondément les prescriptions dans les esprits. Aprèsavoir crié aux soldats assemblés : « V droite et à gauche, formez le cercle! Peines etdélits militaires, » le fourrier débile sa kyrielle du tou d’un écolier qui estropieTélémaque .

imputation de traits de chevaux, — mort.

■Mmes portées contre la France , — idem.

Assassinat, — idem.

Assassinat pour fuir, — idem.

Ces conscrits ignorants se creusent la tête pour deviner quel genre de punitionesl Cet idem si souvent répété. Si le fourrier est de bonne humeur, il se permet defalsifier drôlaliquement les passages les plus sérieux :

Attentat a la liberté ou 'a la sûreté, — prison, cinquante ans.

Attentat à la liberté avec vol et voies de fait, — fers, deux ans.

Chef d’attroupement, — mort, vingt-cinq ans.

Abandon de voilures, — mort, à perpétuité.