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L’A KM ée
— Eli bien, major, que dit La Rainée, je in’ rengage ; v’I'a vingt-quatre ans que jesers mon pays, et j’ veux faire encore six ans pour manger du pain de la patrie. —La patrie se passera très-bien de toi, répliqua le capitaine, qu’était devant la com-pagnie. IN’est-il pas de mon devoir de purger le régiment d’un réclameur commetoi, d’une pratique, d’une brebis galeuse? Allons, allons, pas de plus long séjour!qu’on lui flanque sa feuille de route, et qu’il détale ! — Comment, dit La Ramée,est-ce que... — l’as d’réponse, oii j’ te fais faire six mois de prison d’ville avant det’en aller. »
La Ramée avait 58 francs de sa masse à toucher; le fourrier lui fait de suite soncompte, lui retient tant pour une vis de culasse, tant pour une goupille, tant pourune tache à sa couverture, et trouve » lui revient que 2 centimes. On les lui
remet avec une ration de pain et sa feuille de route ; le v’I'a parti...
Cric!
— Crac !
« Eh bien, ce n’est pas drôle, que se disait en route La Ramée ; comment, cesgredins-là me flanquent mon congé! Enlin, n’importe; nous d’viendrons ce quenous pourrons. »
La Ramée, qu’avait le cœur gros d’avoir quitté ses camarades, ne put pas mangerde deux jours. Le troisième jour, il mangea la moitié de sa talion de pain, et touten déjeunant, il découvrit par ses calculs qu’on l’avait carotté d'une ration de painet de plusieurs cenlinns.
« Ça n’ peut pas se passer comme .ça, qui’ s’ dit; je n’ suis qu’à vingt six lieues etdemie de la caserne; j’ vas aller réclamer. »
Comme il remettait le reste de son pain dans son sac, un homme passe, et lui de-mande la charité pour l'amour de Dieu « Ma foi, dit La Ramée, je n’ai que 2 cen-times sur moi; mais, si vous avez faim, prenez mon pain, j’en gagnerai d’autre à laville voisine. Que je ni’ mette à travailler un peu plus tôt ou un peu plus tard, qu’im-porte? Je suis encore solide, et disposé à m’établir partout oii je trouverai de l’ou-vrage. Je n’ai plus ni pays, ni famille; j’ai presque oublié le nom de mon village.Ma mère, la pauvre vieille! est morte. Avant d’entrer au service, j’étais tendrementaimé d’une payse, mais elle a maintenant soixante-quinze ans et quatorze enfants.J’avais encore un ami fidèle, qui a jugé à propos de faire un voyage d’agrément enlîelgique, en m’emportant mon héritage. Malgré tout ça, je compte que la Provi-dence protégera La Ramée, ex-fusilier à la cinquième du...
— Arrête, s’écria le mendiant. Je le connais depuis longtemps ; j’ai su que luétais victime des injustices de tes chefs; j’apprécie ton bon cœur, et, pour le récom-penser, je te fais le don de faire entrer dans ton sac tout ce qui le viendra à l’idée.Tu pourrais croire que je blague, mais, tel que tu m' vois, je suis saint Matthieu «
La Ramée voulait se jeter aux pieds de son bienfaiteur, mais celui-ci lui dit lière-ment : « Un militaire ne doit jamais se mettre à genoux , » et à l’inslaut il disparutdans un nuage avec un très-grand fracas....
Cric!
— Crac!..,