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L’AIUIÉK.
comme un séjour bien plus redoutable. On y est dispensé de corvées et de service,on n’y dort pas moins à l’aise qu’a la salle de police, mais c’est le cachot.
Lorsqu’un soldat a lassé la patience des chefs, lorsque le nombre de ses punitionsforme, sur le livre rouge, un effrayant total, le colonel du régiment, sur le rapportdu capitaine et l’avis du chef de bataillon, convoque un conseil de discipline, pré-sidé par un chef de bataillon, et composé de trois des plus anciens capitaines et detrois des plus anciens lieutenants, pris hors du bataillon auquel appartient le mi-litaire inculpé. Le lieutenant général prononce en dernier ressort, et, s’il juge tousles moyens de répression épuisés, fait diriger le soldat sur une compagnie de dis-cipline, que le ministre a désignée. Les huit compagnies de fusiliers et les quatrede pionniers de discipline réunissent donc le rebut de l’armée, confié à la directiond’officiers capables et sévères. L’auteur de Y Algérien vous fera rire et frissonner envous peignant la vie aventureuse et désordonnée des zéplnrs; mais cette même ef-fervescence, qui ne peut s’accommoder aux règles calmes et froides de la discipline,est souvent formidable aux ennemis. L'amour du bruit, du tumulte, des rixes, estdevenu du courage en présence des Arabes , et plusieurs fois les proscrits se sontréhabilités par la victoire.
L’inconduite amène devant le conseil de discipline; le crime, devant le conseil deguerre '. Avant de subir une peine infamante, le condamné cesse de faire partie del’armée. Vous l’avez vue, cette lugubre cérémonie qui attristait a Paris les habitantsde la place Vendôme, et n’a plus lieu sur un emplacement déterminé. Le tambourbat, des détachements se rangent en bataille ; d’une voiture grillée, prison ambu-lante, sortent des hommes affublés de casaques grises, traînant un boulet aux pieds.On les conduit au milieu du carré formé par les troupes, et, dès que leur dégradationmilitaire est prononcée, ils sont promenés entre les rangs, le front pâle et la têtebaissée. C’est l’a le commencement d’une expiation qui ûnit a Belle-Ile-en-Mer ouau fort de Mers-el Kebir.
Spectacle plus douloureux encore! le condamné à mort marche au milieu d’unpeloton de douze vieux soldats, dont l’abattement prouve qu’ils répugnent au métierde bourreaux. Des bataillons du même corps, sans armes, suivent pour assister à ceterrible exemple. Le condamné s’avance d’un pas ferme, fumant son brûle-gueuleavec une apparente tranquillité. Quelles pensées l’agitent? est-il torturé par les re-mords, attendri par le repentir, épouvanté de ce qui l’attend de l’autre côté du tom-beau ? Mon; une seule idée le préoccupe : il songe a tomber avec courage ; il a peur,non de la mort, mais du mépris de ses camarades; c’est assez d’être odieux par soncrime, il tâche de ne pas être vil par sa lâcheté. Le voici à la place fatale; il metun genou en terre, il refuse le bandeau qu’on lui présente, il use du dernier pri-vilège de commander lui-même le feu. Une détonation retentit; quatre hommes ontvisé à la tête, quatre au ventre, quatre 'a la poitrine : le condamné tombe; et si
< II serait inutile de reproduire ici les renseignements contenus dans l’ Annuaire militaire, les regle-ments et le livre de M. Durat-Lasalle sur la pénalité militaire. Nous renvoyons aussi nos lecteurs à l'ar-ticle de M. Moreau Christophe sur les n(‘tenus.