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Tome cinquieme.
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L’ARMÉE.

Dans ce pays de la cantine est un être aborigène, le caroiticr, enjôleur de cons-crits, narrateur de batailles, dont il s’est tenu à distance respectueuse, et dans sescomplaisances, dans ses récits emphatiques, dans ses flatteuses apostrophes, guidéuniquement par le désir de riboter aux dépens d’autrui.

Il y avait en 1852, dans le 6 e régiment de lanciers, un cuisinier en pied nomméGénot, buveur comme une éponge et caroltier infatigable. Il s’enivrait fréquem-ment d’eau-de-vie, et un jour qu’il avait été saisi par le froid, il serait mort asphyxiési on ne l’avait enterré dans le fumier. Sa formule de pétition était : « Bonjour, bon-soir, tu vas m’ payer la goutte; » et il fallait obéir ou dégainer.

Un soir, rentrant au quartier, il aperçoit un nouveau venu parmi les soldats dela garde de police : « Bonjour, bonsoir, lui crie-t-il; t’es un nouveau, lu vasm’ payer la goutte. .1’ te fais la cuisine; c’est mon droit. »

Le soldat avait été averti des exigences de Génot, et il répondit sans s’émouvoir :« C’est possible, mais je ne te payerai rien du tout.

— Tu me r’fuses ?

— Positivement.

— Alors, mon garçon, nous nous alignerons.

— Ça me va. »

On prend rendez-vous pour le lendemain, et après l’appel d’onze heures on serend sur le terrain. Celui que Génot avait pris pour une recrue était un remplaçantqui avait déjà six ans de service, et qui soutint de pied ferme les attaques de sonadversaire. 11 le laissa s’escrimer inutilement, le ménageant, et opposant le plusimperturbable sang-froid à la fureur du cuisinier demi-ivre. Enfin celui-ci reçut uncoup de pointe sous l’aisselle droite.

« Bonjour, bonsoir, » dit-il en prenant possession d’un lit , qu’il ne de-

vait pas occuper longtemps : un quart d’heure après il râlait. Il resta plusieursminutes sans prononcer un seul mot, puis on l’entendit murmurer: « Bonjour,bonsoir. » Ce furent ses dernières paroles.

Les cantines sont tenues par des femmes de sous-officiers désignées par le colo-nel, et qu’il ne faut pas confondre avec les blanchisseuses-vivandières. Celles-ci,femmes de sapeurs, de tambours, ou de simples soldats, sont reconnaissables aleur chapeau ciré, à leur corsage bleu, à leur jupe écarlate. Elles colportent del’eau-de-vie dans un tonnelet, et suivent à pied les régiments en marche, tandis queles vivandières-canlinières, à la tête d’un établissement plus stable, achètent unecharrette pour se transporter avec leurs bagages. Pour obtenir le privilège de dé-biter des liqueurs alcooliques, il faut être légitimement unie à un militaire en acti-vité dans le corps, et les colonels ne doivent accorder aucune permission de mariagequi aurait pour résultat d’excéder le nombre de cantinières déterminé par l’ordon-nance du l' r mai 1832. Cette ordonnance règle en même temps celui des enfant*de troupe.