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Tome cinquieme.
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L’ARMÉE.

cet infatigable défenseur de la loi? N’est-il pas intrépide, franc, humain, dévoué?n’est-il pas toujours a la tête de ceux qui affrontent les flammes de l’incendie, lesflots tumultueux de l’inondation? ne protége-t-il pas les propriétés et les per-sonnes? La première cause de l’antipathie que beaucoup de gens éprouvent pourlui, c’est qu’il est l’ennemi de la liberté individuelle, bien précieux, largementdonné par la nature, rogné par la société! Une main crispée sur un collet, voilaquel pourrait être le blason de la gendarmerie, avec ces mots pour devise : « Ein-poignez-moi cet homme-la. » Quand un gendarme vous demande votre passe-port,dont vous avez peut-être oublié de vous munir, vous gémissez involontairement decette exigence importune. Le banqueroutier qui se dirige en même temps que vousvers la Belgique exhibe des papiers parfaitement en règle; mais votre mère étaitmalade, vous êtes parti a l’improviste, vous n’avez pas pris le temps de faire con-stater devant les fonctionnaires compétents que vous étiez M. ***, nez ordinaire,bouche ordinaire, front ordinaire; et, par suite du retard que vous cause cemaudit gendarme, vous ne trouverez peut-être qu’un cercueil a la porte de lamaison maternelle.

Voudriez-vous qu’ils eussent une vive affection pour le gendarme, les malheu-reux tracassés par lui au nom de la loi; le cabaretier qui n’a fermé qu’aprèsmi-nuit; le propriétaire qui a planté un pied de tabac dans son jardin ; le pêcheur quia puisé un peu d’eau salée dans la grande mer; le voiturier dont les essieux ontquelques millimètres de trop; la pauvre femme accusée de délit forestier, parcequ’elle a ramassé du bois mort; le mendiant dont le seul crime est d’être vieuxet d’avoir faim? Des paysans égarés, alarmés de l’enlèvement des grains de la con-trée, s’attroupent sur la place du marché, la gendarmerie accourt, exécute la loimartiale et les fusille. Sans doute elle gémit de ce fratricide, sans doute elle frappeen détournant la tête; mais que font de stériles remords aux veuves et aux or-phelins ?

Si la loi était infaillible, le gendarme serait sublime ; mais ceux qui la diraientparfaite seraient démentis par les améliorations qu’elle subit journellement. Pro-tectrice ou oppressive, la loi a deux faces, et le gendarme aussi : il assure le main'tien de l’ordre. Mais qu’est-ce que l’ordre? repose-t-il sur des bases immuables?celui d’aujourd’hui est-il celui d’hier? Tout ordre ne commence-t-il point par êtrele désordre, comme toute majorité par être une fraction? L’ordre est le maintiend’une organisation quelconque, et quand cette organisation est défectueuse, les justessont ceux qui la combattent. Comparez les martyrs chrétiens avec les bourreau*qui soutenaient l’ordre romain, comparez les serfs insurgés avec les barons qui l eSpendaient au nom de l’ordre du moyen âge; en ces cas comme en une foule d’aU'très, la cause des rebelles n’est-elle pas évidemment celle de la civilisation? Enveillant à la conservation de l’ordre, le gendarme se trouve souvent du côté de I®justice, mais il peut être aussi le champion de l’iniquité.

4 850 le démontre. La constitution est violée, une lutte s’engage, dans laquel |cle peuple avait pour lui le bon droit, contre lui la gendarmerie. Celle-ci combat!' 1jusqu’au dernier moment avec un courage inflexible, une résignation stoïque, l,llC