Band 
Tome cinquieme.
Seite
143
JPEG-Download
 

ECOLE DE SAINT-CYR.

I ',3

li’ouvcr en face de l’ennemi. Ce jour sera la réalisation de tons ses désirs, 1 accom-plissement de ses vœux les plus chers. Il est en correspondance avec ceux qui* °nt précédé sur cette terre brûlante. A la lecture de chaque rapport du gouverneur,SOn cœur palpite a la vue des noms de ses camarades d’école. Mon tour viendrahen aussi, je l’espère, se répète-t-il en lui-même. Il donne des larmes de regret hmémoire de ceux qui succombent au champ d’honneur ; il frissonne à la vue dece ux qui, revenus du combat, portent sur leur poitrine la croix qu’ils ont gagnée h labataille. Ardent comme un jeune homme dans toutes ses entreprises, il se passionneP°ur son service et le fait avec conscience; malheureusement, il ne possède pas aufond de son cœur une vestale pour entretenir ce feu sacré qui lui vaut des éloges de laP ai> t de ses chefs. Au commencement, de fantastiques illusions dansent sans cesseAutour de lui en le couvrant de fleurs.

Mais dans ce monde, où rien n’est durable, il subit aussi la loi commune. Les'^Usions s’enfuient, le prestige s’évanouit. Voici bientôt venir le revers de la mé-daille : ardeur, enthousiasme, tout a disparu. Souvent il dit adieu aux poétiqueshallucinations de la vie militaire.

Le prisme a travers lequel il voyait son état et son régiment revêtus des couleurs* es plus brillantes a disparu; le découragement a pris la place de l’enthousiasme.

Pourquoi donc tant de jeunes officiers pleins d’avenir abandonnent-ils ainsi les«angsde l’armée? 11 n’y a pas d’effets sans causes, et celles-ci sont faciles a trouver.A leur sortie de Saint-Cyr et à leur arrivée au corps, ils sont pleins de franchise etd inexpérience. N’ayant aucune connaissance du monde, ni des habitudes du régi-rent; ne soupçonnant ni l’égoïsme, ni la jalousie, ni la calomnie; habitués dans* Cs écoles a émettre franchement leur opinion, et il fronder sans arrière-penséeridicules de leurs chefs, ils ne se doutent pas qu’on leur fera un crime de celleSln cérité, qui est le plus bel ornement de la jeunesse. La nature leur a-t-elle donnéQuelque esprit de saillie, ils ne soupçonnent pas que la méchanceté parviendra adénaturer auprès de l’autorité leurs paroles et le sens de leur pensée, qu’on enve-P'uiera facilement, et que les chefs influencés croiront empoisonnés des traits qui11 étaient qu’inoffensifs. Sans savoir qu’on attribuera il la méchanceté ce qui n’étaitflue le résultat d’une espièglerie naturelle à son âge, il agit sans défiance, jusqu’àCe flue quelque sévère punition ou des réprimandes inopportunes viennent l’avertird e faire un retour sur lui-même. Avec la réflexion arrive la défiance. Mais en vain’l cherche un guide dont les salutaires conseils puissent suppléer à son inexpérience;So, ivent il n’en trouve pas un seul, et il ne tarde pas à s’apercevoir que l’égoïsme° st à l’ordre du jour, et que la camaraderie n’existe plus depuis longtemps.

Impuissant, dans son ignorance, à distinguer ceux qui lui veulent du bien de ceuxflui cherchent à lui nuire, il erre au hasard comme un navire sans boussole, donnantl'actout de la tête comme un cerf-volant contrarié dans sa course. LIeureux millels i quand une voix amie vient l’avertir des écueils qui l’entourent!

A leur arrivée au régiment, les jeunes Saint-Cyriens sont pleins de zèle et deUne volonté; malheureusement, ces bonnes dispositions ne durent pas toujours.«Une une intrigue d’amour; qu’une passion fermente dans leur cœur, leur zèle se1 ulemit, l’exaclilude n’esl plus aussi grande. Parmi les mille exigences du service,