LE 0 A Kl) E NATIONAL.
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s «ule particularité me frappa, dans la visite que je fus admis a faire des cellules :c est l’innombrable variété d’inscriptions, tant en prose qu’en vers, qui revêtent lesm, irs et font de cette prison, dirait un poète, un gigantesque album de pierre. Du1 e sle, les arts se sont également donné rendez-vous à l’hôtel Bazancourt; j’y ai vuPlus d’un dessin au crayon que Susse ou Giroux paieraient avec de l’or, et nuldoute que Troupenas ou Bernard Latte n’éditassent très-volontiers deux ou troisAlarmantes mélodies au-dessous desquelles j’ai lu des noms justement populaires.,JÜ Politique n’a pas manqué d’y laisser des traces de son passage ; ce ne sont partout•l'ie symboles républicains et anathèmes à l’ordre de choses. Il va sans dire que laSarde nationale y est principalement l’objet de sentiments hostiles, et que la cari-cature s’est donné beau jeu à son endroit.
A l’heure où j’entrais dans la prison, on servait le déjeuner des prisonniers ; je111 attendais à la maigre pitance qui leur est allouée administrativement ( 5 sous parJ°ur). Quel fut mon étonnement, lorsque, introduit dans une vaste pièce qui sert auxre l>as pris en commun, je fus cordialement invité à m’asseoir a une table copieuse-ment servie, où mes compagnons de captivité me donnèrent l’exemple du plus in-domptable appétit et de la plus expansive gaieté.
Après déjeuner, les uns allèrent faire une sieste jusqu’à l’heure du second repas ;•I e n vis d’autres s’enfermer dans leurs cellules avec une provision de journaux et der °mans ; la majorité improvisa une bouillotte dont le produit devait faire les frais dudîner. Commensal à titre gratuit du déjeuner, j’étais engagé d’honneur à jouer; jeJouai donc et perdis une somme assez ronde, nouvelle occasion de donner l’inslitu-don à tous les diables.
'-e dîner fut étincelant de pointes, de lazzis et de calembours. Seul, je pus a peine,ll<! dérider ; je pensais il ma femme, il ma bourse vide, aux échéances de la lin dumois, au passé, au présent, à l’avenir. A neuf heures, le projet d’une seconde bouil-îotte pour le déjeuner fut délibéré et emporté il l’unanimité, une voix exceptée, lamienne. La partie du matin ayant été onéreuse pour quelques partenaires qui trem-paient d’avoir a rendre des comptes il leur ménagère, et la majorité des joueurs, par’m heureux hasard, se composant de marchands de comestibles, il fut convenu que' es perdants solderaient en nature, qui par un jambon, qui par un gigot de mouton,'loi par du sucre et du café, qui par du pain et de la brioche (historique) ; ces con-ditions arrêtées, on fit un jeu d’enfer.
J’avais réussi il me récuser, sous le prétexte d’une indisposition ; je pus doncbaguer ma cellule, où, après une courte inspection des lieux, je me décidai à meglisser dans les draps glacés de ma pistole. Hélas ! je n’avais point aperçu une asseziargo brèche h l’un des carreaux de ma fenêtre... je ne pus fermer l’œil de la nuit.