20 '. LK UAS-liLLl.
Il est arrivé alors ce <|ue dit Virgile pour les venls qui apportent la tempête :
Quà data porta riiiinl, et terras turbine perttant.
Ils se précipitent par l’issue qui leur est ouverte, et le qlohc est emporté danscelle immense tempête.
Mais comme le bien, Dieu merci, est toujours h côté du mal, la publicité estdevenue la sauvegarde de ses propres excès. Maintenant que les honnêtes écri-vains ont conquis le droit d’écrire à la lumière du jour, ceux qui écrivent dansl’ombre sont tachés d’inlamie; maintenant que la vérité est le patrimoine uni'versel, malheur et honte sur ceux qui mentent I C’est ainsi que l’équilibre s’estétabli parmi les gens de lettres. Jusqu’à présent ils avaient été comptés pour rie»dans les affaires du monde, maintenant ils y pèsent tout leur poids; jusqu’à pré'sent la royauté et les gens qui l’entourent avaient pensionné môme l’historien»aujourd’hui pas un roi, pas un gentilhomme, n’est assez riche pour faire la for-tune du dernier poète qui rime, en vers alexandrins et mélancoliques, ses lamenta-tions, ses croyances et ses amours. La position que les écrivains ont conquise denos jours, position indépendante et vraie, parce qu’elle tient au caractère et autalent, a réhabilité les lettres : elle leur a donné la dignité extérieure qui leur man-quait, elle a démontré d’une façon sans réplique que le grand Corneille obéissaità une nécessité injuste, lorsqu’il dédiait China au linancier Monthoron, et q» eLouis XIV lui-même, lorsqu’il envoyait cent louis à Itacine, oubliait quelque peu aquel poète il envoyait si peu d’argent. Ainsi donc, grâce à la valeur nouvell eattachée aux productions de l’esprit, chaque écrivain a pris la place qui lui revient,les honnêtes gens de talent marchent les égaux des plus grands seigneurs passes,présents et à venir, pendant que les hommes sans valeur littéraire et sans loyautépersonnelle restent tout en bas dans la fange éternelle et dans l’infamie. — H eU 'reux équilibre, sans contredit. Mais quoi I cet équilibre devait manquer par un côteinattendu.
Ce côté faible dont je parle, et contre lequel rien ne pouvait prémunir la cita-delle littéraire, c’est le côté de la femme de lettres. La femme de lettres, de nosjours, est un être déclassé dont on ne retrouverait l’équivalent dans aucun peuplede l’antiquité ou des temps modernes. La femme de lettres a poussé tout d »»coup dans la littérature, comme pousse le champignon sur son fumier. Les p»»'vres femmes! Il faut tout d’abord commencer par les plaindre, il faut reconnaibcque tout leur a manqué a la fois, le mariage et le couvent;,il faut dire que les mé-tiers qui leur appartenaient de toule éternité leur ont été enlevés par la spéculationdes hommes. Levez les yeux, que voyez-vous de toutes paris? Des marchands d»modes, des couturiers, voire même des chemisiers; on a enlevé l’aiguille, s»»outil naturel, aux mains débiles de la femme; en même temps, k ces faciles espi ' ls ’a ces langues acérées, à ces têtes mobiles et folles, on a enlevé la conversation ; 1,1causerie française, cette supériorité intime de notre langue et de nos mm» 1 ”n’existe plus nulle pari. C’en csl fait, les hommes ne parlent plus aux leium»^