Band 
Tome cinquieme.
Seite
207
JPEG-Download
 

LE RAS-BLEL. 20"

* histoire de la tour de Nesle, elle entassera les empoisonnements sur les coupsf ' e poignard; ce ne sont que bahuts, lances de Tolède , parchemin des vieux âges.*‘ a plume gronde et s’agile sous les doigls de celle Irisle créature, le sang couleI; °nnne l’encre; elle en oublie le manger, elle en oublie le dormir, surtout elle°ublie d’aimer quelque chose ou quelqu’un. Déjà elle se ligure le parterre attentif,^ a foule pressée et haletante , l’émeute aux portes du théâtre, elles vers, ellesc °uronnes, cl le caissier qui la vient saluer chaque mois avec ses droits d’auteur,^oilà qui va bien ; son drame est fait, aussitôt elle s’affuble d’un chapeau crasseux,une robe trouée, d’un manteau couleur de muraille, et elle arrive toute haletante<la »s les corridors du Théâtre - Français. « Voulez-vous de mon drame? s’ccrie-^He, lisez-le, c’est une fortune ; j’ai un rôle pour M. Ligier, pour M. Ileauvallet,P°ur mademoiselle Itachel, pour mademoiselle Maxime, pour mademoiselle Mars ,P°ur mademoiselle Plessis, pour tout le monde:ce sera d’un grand effet, a coupSlJI ’. Le premier acte représente une tempête; le second acte, un incendie; auh'oisième acte, passe un troupeau de brebis et de taureaux mugissants ; au quatrième■icte, la guerre et ses fureurs, et enfin vous verrez que de larmes répand mon héroïne,'lue de cheveux felle s’arrache de ses blanches mains; prenez mon drame, j’ai làü Ue lettre du ministre de l’intérieur; je suis la femme d’un ancien militaire, maisI e cache mon nom, car c’est le nom d’un vaillant homme. » Ainsi elle parle. LeThéâtre-Français la renvoie aux kalendes dramatiques, mais sans la décourager.T'he va du même pas à l’Ambigu . à la Gaieté, au théâtre de la Portc-Sainl-Marlin :0,1 la voit dans tous les corridors arrêter le premier qui passe comme ferait une'Pece d’actrice sans emploi. A la voir se glisser dans les coulisses on la prendraitPeur l’ombre de quelque lady Macbeth en haillons. Martyre de l’art dramatique,e he subit toutes les humiliantes conditions de cette rage qui la possède. Le souf-heur l’évite comme la peste, le jeune premier s’enfuit à tire-d’aile, la jeune pre-'hière l’appelle ma bonne! et lui envoie chercher ses billets doux chez le concierge ;il,, isi elle roule d’abîme en abîme, elle et son drame; à la fin, quelque directeurPdoyable, dans un moment d’oisiveté et de désespoir, accepte l’infâme manuscrit.11 P-’est bon, dit-il, repassez dans un mois. » Huit jours après, elle est chez cet' l0, ume. « Fl mon drame! — Repassez dans deux mois, » lui dit-il. Trois jours,l Pi‘ès, elle est chez cet homme. « lit mon drame! mon drame! » On cherche lej| la, Ue. « Qu’en a-t-on fait? où est-il? — Il est perdu! —Quoi, perdu! ah! vousdv oz fait lire à vos auteurs’ ah! vous m’avez volé mon idée. Où est lecommis-Sa ' r e, où es t le juge, où sont les gendarmes, où sont toutes les forces de la France ?" n drame pareil ! Monsieur le juge, écoutez plutôt. » File se met à réciter d’uneV °* x cassée :

^ ‘ „ , loi mon rêve idéal, toi le murmure transparent et perlé de mes nuits

I ele , toi la sainteexlase de ma jeunesse, oit es-tu, mon Angélina adorée?.»

( j e juge de paix, impatienté, condamne le directeur négligent à payer 25 francse ‘dommage ou à rendre le manuscrit dans la quinzaine.

“ Ah! dit-elle, j’ai gagné ma cause. » Elle rentre chez elle triomphante: on

'«tend

dans l’escalier les mots sacramentels :