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Tome cinquieme.
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LE BAS-BLEU.

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était bien le meilleur elle plus simple des nombreuxpoëtes épiques qu’uil eus laFrance : il s’appelait Parceval de Grandmaison. C’était quelquesjours avant la révo-lution de juillet, c’est-'a-dire au moment le plus dévot de l'histoire moderne. Tout àvoup nous voyons entrer, sans être annoncée, une jeune femme de vingt ans à peine,fort jolie, mignonne, un peu de rouge sur la joue, ce qui ajoutait de l’éclat a sonteint et de la vivacité à son regard. Madame était vêtue en religieuse, elle avait laRuinipe blanche comme neige, sa robe uoire était d’une line étamine, sa chaussureétait irréprochable ; ce qu’il y avait de plus remarquable dans son costume, c’étaita sa ceinture un magnifique rosaire en corail, et autour de son col un large rubanbleu auquel était suspendue une massive croix d’or. Vous jugez de notre étonne-ment. chacun se regardait pour savoir le nom de cette énigme? L’énigme prit place,elle ôta son gant comme pour montrer la blancheur béate de sa main, elle noushonora tous d’un petit regard câlin et coquet, puis elle se mit a lire, d’une voix•fès-ferme, une comédie intitulée: L’Avorton. A ce titre singulier sortant d’une bou-che sacrée, nous nous regardons de plus belle les uns les autres : notre président,bonhomme s’il en fut, dit à la dame : « C’est un joli sujet, je connais deux beauxs °nnets qui portent le même titre. » La dame, ainsi encouragée, commence sa lec-ture. Il s’agissait en effet d’un avortement. Une jeune tille était enceinte, et aumilieu des plaisanteries des valets, des encouragements de la soubrette, des indi-cations du père de famille, le pauvre petit enfant qu’elle portait dans son sein"tait ballotté d’une étrange façon.

C’était dans toute cette comédie une gaieté incroyable ; chaque personnage appor-tait dans ce sujet-là son éclat de rire et son bon mot. La lecture dura deux heures aumilieu de l’épouvante générale, tant nous trouvions que le sens moral de cette femmeétait faussé. Notez bien que pas une seule fois la rougeur ne monta à son front, queSa voix ne se troubla pas, non plus que son visage, et qu’enfin Molière lui-même"'était pas plus à l’aise quand il lisait chez Ninon de Lenclos , ce profane philo-s °phe, les trois premiers actes du Tartufe . Nous autres, cependant, nous n’osionsPas interrompre cette femme dans sa lecture; nous la trouvions bien assez malheu-’euse, sans lui faire encore l’affront public d’une interruption. A la fin, donc, l’hé-r,) ïne de cette jolie comédie avorte, tant bien que mal, elle met son enfant dans vfnb°cal, elle épouse le jeune homme qui l’aime et qui ne se doute de rien. Ceci dit,I" chanoinesse se retire en pliant son manuscrit, et elle va attendre, dans une sallev °isine, la décision du comité de lecture. Nous autres cependant, nous les juges decelle affreuse plaisanterie, qu’allions-nous devenir? Notre vénérable président, àbon droit épouvanté, se voilait la ligure. Je fus chargé d’aller dire à ce bas-bleu, jeme trompe, à ce cordon-bleu, que sa pièce était refusée. Alors vous auriez vu desc °lères, des indignations, des désespoirs, des rages! —Elle ne voulait pas quilter* e théâtre, elle voulait être jouée à l’instant même; elle appelait l’archevêque def >ar is et tous les saints a son secours : il fallut l’emporter de vive force. Moi, qui""guère m’étais vu enfermé dans un fiacre avec une lionne, j’entends une lionne

Jardin des Plantes , une bête au poil fauve et aux dents aiguisées, je m’étaisSe "li plus à l’aise avec cette lionne qu’avec cette chanoinesse. Ses cris, ses larmes,