Band 
Tome cinquieme.
Seite
212
JPEG-Download
 

212

LE BAS-BLEU.

son costume étrange, attroupaient les passants; on aurait dit quelque enlèveine® 1du siècle passé, si la religieuse n’eût pas crié si haut. A la On, j’atteignis la po< ledu couvent : la dame descendit en se débattant ; une jeune sœur, dont je vois encorela figure sereine et douce, vint nous ouvrir la porte grillée. « Ali! sainte mère <1®Dieu ! s’écria-t-elle, qu’a-t-on fait à notre mère abbesse?— Ma sœur, lui dis-j e >on n’a fait aucun mal à votre mère abbesse ; c’est elle-même qui a fait une come*die, que voici, et que je vous prie de remettre à son directeur, d

Telle est cette véridique histoire, dont plusieurs ont été les témoins ; mais n’e st "co pas que l’on reste effrayé quand ou voit a quels excès peut conduire cette passionnouvelle des belles-lettres, si cruellement introduite dans les mœurs et les habitudesdes femmes de ce temps ?

Silence ! Cydalise n’est pas chez elle, elle s’est renfermée dans son oratoire où ell®

lit saint Augustin. Madame n’a pas dormi de la nuit, tant elle a rêvé à cette éternelle

question du bien et du mal ; elle a passé tour a tour du bon principe au mauvais pr* 1 *"

cipe, où elle est encore. Que faites-vous, Cydalise? ne redoutez-vous donc pas celt®

pâleur, ces yeux battus, ces cheveux en désordre? Que va dire votre amant, quand

il vous verra ainsi défaite? Que vont penser votre confesseur et votre mari qui

vous aime tant, qui a fait dire une messe a votre intention à Sainl-Roch? Ay eZ

soin de votre santé, Cydalise, elle est chère à ces trois personnes. Mais Cydalise ne

veut rien entendre, elle est tout entière à son zèle et à la charité. Vous n’avez donc

pas lu son grand livre, publié avant-hier? Comme elle y prêche la vertu, la char*!®

chrétienne, la fidélité à ses devoirs ! La vertu, voilà pour son amant; la charit®»

voilà pour son confesseur; la fidélité, voilà pour son mari. Aussi ces trois P er

sonnes en une seule ne se tiennent pas d’aise; elles sautent de joie, elles l> se| d

entre elles ce livre sacré : l’abbé loue Cydalise dans son journal et dans sa chair® j

le mari s’écrie qu’il est le plus heureux des hommes ; l’amant, qui a ses entrées a

la cour, s’en va tout droit à l’Institut, où il réclame le prix de vertu pour Cyd®'

lise : « Elle seule en est digne, elle seule elle s’est montrée femme forte et gr® 11

écrivain. Avec son livre elle changera la face du monde. — Couronnez Cydahs®’

u le

dit l’amant, je vous en prie.—Couronnez Cydalise, dit le mari, il le faut."

vêux que l’on couronne Cydalise ! » s’écrie le prêtre. Cependant la foule s'assetu

aux portes de l’Institut, on attend avec impatience la fête annoncée. Silc* lC

et attention, le président de la docte assemblée prend la parole : il P roC

les progrès de l’art et de la vertu pour l’année 18... Il déclare qu’à sa connaissa

la société française se régénère, que la morale commence à planer sur celte F* a

si longtemps abandonnée, que la philosophie matérialiste s’enfuit chaque jour

des vastes domaines qu’elle avait conquis; il crache à la face de Diderot et de ^

taire. « Car nous vivons, messieurs, sous un roi très-chrétien ; l’autel s’est relev®

l’abri du trône ; le descendant de saint Louis nous donne à tous l’exempl®

faut suivre ; marchons sans crainte dans cette voie immense de la royauté et d®

croyance. » Ainsi il parle. Du roi très-chrétien à M. de Monlhyon, la transitio* 1

facile; dans une prosopopée brûlante, l’orateur appelle à son aide le fonda c

des prix de vertu : il arrive, l’éclair dans les yeux, la paix sur le visage, les inil