LE BAS-BLEU.
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'emplies de bienfaits I Voue/, a lui, vous tous qui avez la conscience tranquille,l’ûme honnête et le cœur pur! Arrière l’adultère ! arrière le parjure et l’hypocrite!
" Messieurs, ne l’oublions jamais, nous sommes ici les apôtres de la vertu et de labienfaisance. » Ainsi il parle pendant une heure; jamais saint Paul, parlant aux Co-rinthiens, n’a été plus rempli d’éloquence véhémente et de chaleureuse conviction.Vous pensez bien qu’à ce discours, toute l’assemblée est émue : les hommes se frappentin poitrine, en disant leur meaculpa; les femmes versent des larmes de sang sur lesPetits crimes qu’elles ont pu commettre ; ce n’est plus une assemblée littéraire, c’est"ne assemblée religieuse. Il s’agit bien d’un discours académique : il s’agit d’unsermon 1 — Le silence redouble, on va nommer l’heureux vainqueur dans celteJoute de toutes les qualités morales ; déjà on le cherche des yeux et de l’âme : oùe st-il?oùse cache-t-il? Ah! si seulement nous pouvions toucher de nos lèvres lebord de son manteau ! Enfin donc, et d’une voix nette et claire, le président dece lte docte réunion qui remonte au cardinal de Richelieu, qui a compté Bossuet etb'énelon dans son sein, déclare, au nom de l’honneur et de la vertu, au nom de,on lui-même, que le prix de vertu appartient... à Cydalise ! Vous jugez de''étonnement général. Cydalise? Elle-même! Qui? Cydalise?—Cydalise, et pas uneoutre! Regardez plutôt. Au fond de l’assemblée, Cydalise se lève ; la tête haute, elle'l'averse fièrement cette multitude ébahie, elle monte d’un pas ferme sur le théâtrede sa vertu, et là, elle reçoit le prix Monlhyon, de la main à la main. Elle se couronneolle-même, comme lit Bonaparte à Milan pour la couronne de fer; puis elle re-lent à sa place, non pas sans saluer d’un petit regard câlin et railleur les troiscompagnons de sa récompense et de sa vertu : son amant, son confesseur, et enfins °n mari. O puissance inaltérable de la gloire et des bopnes actions ! J’avoue, pour maPort, que de tous les bas-bleus qui piétinent sur cette terre, le pire de tous, à monSe ns, c’est le bas-bleu qui s’enferme ainsi dans les langes transparents de la vertu.Q"e ces femmes dont je parle jouent, dans leurs livres et dans leur vie, avec lesPassions mauvaises, qu’elles rêvent toutes sortes d’amours impossibles, qu’elles'"nient des couplets de vaudevilles, ou qu’elles écrivent de lamentables tragédies,Peu m’importe, après tout : ce sont des chefs-d’œuvre qui tombent et qui meurentc "nime les feuilles du saule pleureur ; c’est un amas de papier sans forme et sans"oui qui s’en va où va le papier imprimé, où va la feuille de rose. Ces femmes-là"e perdent qu’elles-mêmes, ce sont les parias de l’esprit, les chiffonniers du mondeblléraire. Il est vrai que chemin faisant elles gâtent un peu la langue française;"lais, en fin de compte, cette malheureuse et sainte langue française, ce légitime° r gueil d’une nation comme Ianôtre, à quelles insultes n’est-elle pas livrée, à quelles"lisérés? Que lui importe donc un insulteur de plus ou de moins? Que ce soit unbonuneou une femme qui l’insulte, la langue n’en est pas moins outragée; mais apresto ut, quand une langue est bieii faite, elle est plus forte qu’on ne pense. Un instant""câblée sous les périodes convulsives des faiseurs d’éloquence, sous le papotage"iseux des faiseuses de romans, sous le roucoulement de ces vieilles tourterelles"dentées qui célèbrent des amours qu’elles n’ont pas senties, soudain la langueb'mdit et se relève connue une reine insultée ; elle se dégage de ces obscènes en-