LK 15 A S-U LF U.
217
S( >it ouverte. Certes, si cette maison-là n’était pas la demeure inébranlable de la fidé-lité et de l’honneur, je croirais à quelque conspiration cachée. Moi qui vous parle,■I ai joué mon rôle d’auditeur dans celte soirée solennelle; nous étions sept à huit’nvités à cette fête étrange; nous avons traversé une longue suite d’appartementsP e <i éclairés, et à la fin nous avons été introduits dans un cabinet sévère tout remplilivres et de méditations. La dame de la maison était, comme je vous le dis, une(ie « plus grandes dames de la cour de France; elle n’était encore qu’une enfantfiuand l’émigration l’emporta dans sa robe ensanglantée ; elle était revenue à la suite( h> roi de France ; elle aussi elle avait accompli sa restauration, elle l’avait accomplieP ar l’esprit, par la grâce, par la dignité personnelle. Jusqu’à présent la positioncette noble dame était inattaquable, elle avait résisté avec un égal sang-froida l’amour et à l’ambition. Les courtisans eux-mêmes l’entouraient de leurs respects ;
son vivant le roi Louis XVIII en avait peur : « Je n’aime pas, disait-il, les femmes( l u i n’ont pas de côté faible. » Telle était la femme qui ce soir-là avait fermé sa portea, ix princes du sang, aux ambassadeurs, aux cordons bleus, à l’archevêque de Paris ,a l’aumônier du roi, aux capitaines des gardes, pour introduire dans celte enceinte,pour mieux dire dans cette cour, toutes sortes de journalistes imberbes, de petits° cr ivains dont le nom était à faire, de célébrités douteuses auxquelles elle avaitréuni les gloires les plus incontestables; — nous étions honteux nous-mêmes den °us trouver en pareille compagnie, nous nous faisions humbles et petits autant( l ,, ’il était en nous; car, malgré notre renommée de pamphlétaires sans vergogne,n ous avions cependant le sentiment de certaines convenances oubliées depuis leJour où la révolution de juillet, ce triomphe soudain de la parole écrite ou parlée,"°Us eût habitués à traiter d’égal à égal avec toutes les puissances de la terre. Oh !'loo cette grande dame devait être changée en vingt-quatre heures, pour recevoir chezet presque en tête à tête, des enfants trouvés de la petite presse, des va-nu-pieds,
elle(, es belelle
très comme nous. Cependant elle était affable, accorte, souriante comme1 ne l’avait jamais été; elle nous priait de prendre un siège, mais d’un regard si
ln, ide, d’un geste si poli, elle devant qui les plus hauts personnages se tenaient'Jebout ! Qu’a-t-elle donc fait, cette femme, et que va-t-elle faire ? Vous l’avez enfinev 'Oé : elle a écrit une Nouvelle, et elle va nous la lire ; elle veut notre suffrage, ete " e l’implore ; elle ne nous aurait pas rendu notre salut il y a huit jours, et c’est ellell)a 'ntenant qui la première nous salue. Allons, ferme! vautrons-nous dans ses fau-te uils pendant qu’elle est assise sur un tabouret; elle va lire, prêtons-lui une oreillelstr aite, profitons de notre triomphe inespéré. La pauvre grande dame! File avait® n effet arrangé, daus un coin de son cerveau oisif, un petit conte assez joli, assez,,0 Uveau ; elle avait inventé un petit héros dont on ne s’était pas servi depuis long-tem Ps; elle avait appelé à son aide toutes sortes de petites périodes, de jolis agen-Ce,)le nls, et un nombre suffisant de charmantes phrases éparses dans son salon ; en unrQot ) elle avait composé un élégant et puéril cliquetis de paroles brillantes qui ne res-^•hblaiten rien au style ordinaire. Nous autres cependant, qui étions dans ce temps-a c l fi jeunes gaillards ne doutant de rien, et par conséquent des gens très-mal élevés,l0,1s faisions de vains efforts pour deviner le mérife de ces pages écrites avec tant